Quelle économie après la crise ?

Souvenons-nous des paroles de Nicolas Sarkozy qui dénonçait, en 2010, les dérives du capitalisme financier et promettait solennellement de réformer la mondialisation ! Rien que cela !

Mais ni la France, ni l’Europe n’ont tiré la leçon de la crise de 2008. Passé le krach financier, tout est revenu comme avant ; la mondialisation s’est renforcée, comme une vague emportant tous les secteurs de l’économie sur son passage et notamment, celui de la santé.

Le capitalisme financier n’a pas d’état d’âme, même face à une pandémie.

Celle-ci est pourtant trop grave et, contrairement à celle de 2008, elle ne pourra entrer dans l’Histoire comme une nouvelle crise pour rien.

Quelle forme d’économie imaginer après cet ébranlement ?

2021 devrait être l’année du retour à la normale, annoncent certains. Sauf que « la normale » n’existe pas, et qu’il faut généralement traduire : revenir à la situation qui prévalait avant l’épidémie.

Cette hypothèse paraît non seulement improbable, mais n’est de surcroît pas souhaitable.

Improbable parce que bien des règles présentées hier comme impérieuses sont mises à mal et que leur remise en question est désormais acceptée par tous.

Ainsi, les digues ont sauté du côté des déficits budgétaires qui étaient sévèrement sanctionnés par les marchés il y a peu. Souvenons-nous du sort réservé à la Grèce, pourtant membre de l’Union européenne, et des souffrances de sa population ! Ce qui semblait inimaginable hier est devenu la norme.

Aujourd’hui, ces mêmes marchés applaudissent des deux mains des ratios de dettes sur PIB en hausse de 20% seulement sur une année ! Un tour de force réalisé avec le concours des banques centrales qui rachètent en grande quantité les émissions d’obligations souveraines destinées à stimuler l’activité, le temps de franchir l’obstacle COVID.

De cette manière, les pays soutiennent à la fois leurs économies au travers d’aides aux entreprises qui sont à l’arrêt pour certaines, et envisagent leurs plans de relance. C’est le « quoiqu’il en coûte » du président de la République.

Une question se pose pourtant déjà : devrons-nous rembourser les dettes qui s’accumulent ainsi ? J’y reviendrai dans un futur billet.

Ceci étant, si cette dette doit être remboursée dans le temps – comme la présidente de la Banque centrale européenne-BCE, Christine Lagarde, le laissait entendre récemment – avec quelle économie et, surtout, quel modèle de développement ?

Emmanuel Macron n’a-t-il pas lui-même évoqué qu’il nous faudra demain interroger notre modèle de développement ? N’a-t-il pas déclaré que certains biens et services devraient être placés en dehors des lois du marché, tel le secteur de la santé ?

En attendant, les profits s’accumulent pour les grands groupes à la manœuvre pour les vaccins. Et c’est en sauvant des vies et des emplois que ceux-ci s’accumulent : le cynisme est à son paroxysme !

Ce dernier constat est la preuve qu’un retour à la situation d’avant n’est pas souhaitable.

Pas souhaitable, parce qu’en plus des dérives du capitalisme financier qu’il a engendrées, le modèle de mondialisation n’a respecté ni l’environnement, ni la biodiversité, tout en accroissant des inégalités que la pandémie va encore renforcer. Les pays riches sont engagés dans la course aux vaccins et à la vaccination, quand les pays pauvres se débrouillent avec leurs propres moyens. Parmi eux, certains d’ailleurs ne s’en sortent pas si mal en termes de santé (Cuba, Saint-Domingue, et d’autres), alors que la crise économique mondiale les frappent pourtant bien plus directement.

La planète vient de prendre conscience que son modèle de développement n’est plus tenable. Il nous faudra collectivement trouver un autre chemin.

Les enjeux sont bien sûr environnementaux, et tout doit être fait pour maîtriser la hausse de la température moyenne.

Ils sont aussi sociétaux : mieux répartir les bénéfices d’une nouvelle croissance ne relève pas seulement d’une question de justice sociale, mais d’un arbitrage destiné à consolider et renforcer une croissance plus responsable.

Ils sont enfin comportementaux. Le « toujours moins chers », synonyme de produits standards fabriqués dans des conditions qu’on se refuse de voir, doit être interrogé clairement.

La satisfaction – si on peut parler ainsi – d’avoir accès à des biens à bas prix que l’on commande sur son téléphone, que l’on va chercher avec sa voiture, ne compense pas le désagrément de voir se vider de leurs commerces, les centres-villes et les campagnes.

Reste toutefois un risque qui pourrait s’inviter dans ce nouveau modèle de développement à inventer. Avec la crise sanitaire, les entreprises se sont adaptées à de nouvelles conditions de travail, notamment de télétravail et…avec moins de personnel. La digitalisation de nombreuses tâches pourrait améliorer leur productivité dans une économie qui se voudra plus vertueuse, mais au détriment… de l’emploi. Se posera alors inévitablement une autre question, celle d’un revenu pour tous.

C’est un autre défi de l’économie « d’après ».

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