Le devenir de la dette publique, question centrale des débats politiques à venir.

La France s’endette à en perdre la tête et, un an déjà que les pays luttent contre une pandémie, dont nous ne sommes pas encore sortis.

Un an, et déjà de nombreuses voix alertent, comme celles – entre autres – de l’Ipbes (plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les écosystèmes), l’équivalent du GIEC pour la biodiversité, dans son dernier rapport de décembre 2020 : « Des pandémies futures vont apparaître plus souvent, se propageront plus rapidement, causeront plus de dommages à l’économie mondiale et tueront plus de personnes que la Covid-19, si rien n’est fait ».

Sans adhérer à la théorie de l’effondrement, développée par les collapsologues1, il est raisonnable de s’interroger sur les conséquences de ce qu’on appelle l’anthropocène, « le moment où les activités humaines sont devenues la principale force agissante du devenir géologique de la Terre, amenant avec elles, un ensemble de dérèglements majeurs ».

À tel point que la planète n’est désormais plus en mesure de renouveler les ressources dont elle a besoin, modifiant ainsi définitivement les écosystèmes.

Nous savons aussi que la plupart des nouvelles pandémies virales naissent de zoonoses², et l’Ipbes estime à 1,7 million le nombre de virus non découverts, actuellement présents chez les mammifères et les oiseaux, dont 827.000 pourraient avoir la capacité d’infecter les êtres humains.

Je pose ce scénario sombre en arrière-plan de la question du remboursement de la dette, tout en ayant conscience que cette question peut apparaître bien secondaire face celle de la survie de l’humanité. Mais nul ne peut nier qu’elles sont étroitement liées.

Alors, ferons-nous comme « avant » ? Une fois sortis de la pandémie, retrouverons-nous la vie avec son   rythme et ses rites et, dans le domaine économique, les règles du jeu qui prévalaient avant la crise sanitaire ?

À n’en pas douter, ces questions reviendront au centre du débat politique : mondialisation des échanges et consommation des ménages (ils ont épargné plus de 100 milliards d’euros en 2020 !) ; relance et transition écologique ; réduction des dépenses publiques (y compris en termes de recherche publique) ; remboursement de la dette, pression fiscale et retour aux critères de Maastricht …et retour aux urnes pour de nouvelles élections.

Les Allemands s’exprimeront les premiers en septembre prochain ; nous suivrons en mars et juin 2022.

En attendant, la Commission européenne a prolongé jusqu’en 2022, le gel des règles budgétaires qui fixent d’ordinaire la ligne jaune à ne pas franchir : la dette des États doit être limitée à 60% du PIB.

Profitera-t-elle de l’occasion pour abandonner cet objectif d’une dette contenue à 60 % du PIB ?

En effet, ce n’est pas le poids de la dette qui pèse sur les finances publiques, mais celui des intérêts corrigés de l’inflation. Et les taux d’intérêts ont rarement été si bas !

 Aujourd’hui en France, la charge de la dette à 120 % du PIB (le double des critères de Maastricht ! ) ne pèse que 0.3 % de ce même PIB (1,5 % d’intérêts corrigés d’une inflation à 1%).

C’est ce coût qu’il faut surveiller et non le montant de la dette.

Par ailleurs, il faudrait, selon de nombreux économistes, retrancher du calcul des déficits, les investissements publics, lesquels se remboursent dans la durée par la croissance qu’ils engendrent.

On pourrait même rajouter les dépenses de recherches publiques nécessaires à prévenir de nouvelles pandémies, parce qu’aucun pays n’échappe à cette menace et la solution ne peut qu’être européenne, tant la paralysie des échanges touche tout le monde sans discernement.

Ajoutons à cela que la transition écologique n’est plus une option politique, mais une ardente obligation pour tous. Le comble serait que des règles budgétaires dépassées, empêchent l’Europe de profiter de l’épargne abondante, accumulée et bon marché, dont elle dispose.

Dans ce contexte, que faire de la dette liée au COVID-19 ?

La faire disparaître nécessiterait l’unanimité des 27 pays de l’UE, gouvernements et parlements ! Autant dire mission impossible.

Cantonner cette dette COVID, pendant 10 ans par exemple, pour la sanctuariser dans la durée, risquerait de la voir ressurgir à des taux plus élevés qu’aujourd’hui, et de constituer alors une bombe à retardement. Même en la ramenant à 100% du PIB – ce qui donnerait l’illusion que tout est sous contrôle, et la pandémie une simple parenthèse – nous nous aveuglerions et passerions à côté d’une indispensable prise de conscience : la marchandisation de la nature fait pression sur les écosystèmes et favorise les zoonoses et les futures nouvelles pandémies.

Certains nous demandent pourtant de « conserver les factures » de cette pandémie : leur incidence sur le niveau de la dette – quel que soit le traitement que l’on en fera – sera toujours utile pour justifier encore les réformes structurelles. Certaines, mises en sommeil depuis mars 2020, sont d’ores et déjà réactivées, telle la réforme de l’assurance-chômage à compter du 1er juillet prochain.  Et celle à revenir de la réforme des retraites.

À n’en pas douter cette question de la dette sera au cœur de la future campagne électorale tant elle engagera l’avenir.

  1. Livre d’Yves Cochet – Devant l’effondrement (essai de collapsologie. Editions Les liens qui libèrent)
  2. Les zoonoses sont des maladies transmissibles de l’animal à l’homme. Les agents biologiques responsables de zoonoses peuvent être des bactéries, des champignons microscopiques, des parasites, des virus ou des prions.

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