Pandémie et migrations, qu’en sera-t-il demain avec le réchauffement climatique ?

Avec l’approche des échéances électorales, le débat sur l’immigration se réchauffe à son tour.

À n’en pas douter, les surenchères vont monter sur un sujet qui divise, alors qu’il faudrait l’aborder avec lucidité et responsabilité.

C’est le rôle de la commission des Affaires étrangères que d’analyser avec le recul nécessaire cette question. Avec le concours d’experts ou les moyens dont dispose le Parlement, comme le recours à une commission d’enquête.

L’audition d’Antonio VITORINO, directeur général de l’Organisation internationale sur les migrations a été très éclairante sur les conséquences de la pandémie sur le phénomène migratoire.

C’est un fait avéré, la pandémie a paralysé les flux migratoires dans le monde. Un flux à la baisse d’un million de personnes a pu être observé en 2020. Cette chute est cependant inégale, parce que les guerres régionales ne sont pas suspendues partout de la même manière !

Mais un phénomène nouveau est advenu : les 3 millions de migrants qui étaient en retour vers leur pays d’origine se sont trouvés bloqués en route et, des passeurs sans scrupules sont apparus. Les mêmes qui avaient assuré le voyage “aller”… !

La pandémie aura aussi eu des conséquences sur l’emploi. On estime que 20 millions d’emplois ont été perdus en Afrique. Ajoutons à cela les nombreux conflits régionaux ou les foyers terroristes qui contribuent à l’insécurité alimentaire, elle-même affectée par les changements climatiques !

À cet effet, le SAHEL (Mali, Niger, Burkina-Faso, Tchad,) rassemble tous les éléments d’une crise profonde et durable. Relevons enfin que :

  • Les facteurs climatiques (manque d’eau et de terres cultivables) ont entrainé le déplacement de 2 millions de personnes au Niger, au Mali et au Burkina-Faso,
  • Sur les 20 pays les plus vulnérables face aux phénomènes climatiques, 12 connaissent des conflits,
  • On estime que 5 millions de personnes vont retomber dans la pauvreté extrême,
  • Et que 50% des jeunes filles qui allaient à l’école n’y sont pas allées ou n’y retourneront plus… !

Il est clair que nous sommes entrés dans une ère où les flux migratoires peuvent être qualifiés de mixtes : climatiques et économiques. Lesquels peuvent être amplifiés par les conflits…

En Europe, nous assistons à un phénomène asymétrique :

  • Une montée significative des migrations en Espagne via les Canaries. Des migrations en provenance de la côte occidentale africaine : +23 000 personnes recensées. Elles viennent du Sénégal et des pays du Sahel et n’hésitent pas à affronter l’océan Atlantique, beaucoup plus dangereux que la mer Méditerranée.
  • Parallèlement on assiste à un ralentissement en Méditerranée orientale, vers la Grèce, et à une stagnation au centre méditerranéen.

Face à un phénomène qui s’installe durablement, il faut, en Europe, selon M. VITORINO une cohérence entre politique interne et politique externe. Pour qu’un pacte migratoire puisse fonctionner, deux éléments sont nécessaires, selon lui :

  • Mettre en place des procédures aux frontières, 
  • Faire parrainer les retours c’est-à-dire que ceux qui accordent une première protection s’engagent à assurer les éventuels retours, pour surmonter les différents entre les États.

NB : 115 000 migrants sont retournés dans leur pays d’origine en 2020, malgré la pandémie.

Pendant ce temps, la France s’apprête à ouvrir quatre nouveaux centres de rétention administrative, et ne se montre pas très accueillante quand elle retourne certains migrants à la frontière sans autre forme de procès. C’est ce qui m’a conduit à rencontrer les ONG confrontées à ces situations et à suggérer l’ouverture d’une commission d’enquête.

Cette commission devrait porter sur le thème suivant : « Migrations subies, déplacements de populations et conditions de vie des migrants, réfugiés et apatrides au regard des engagements nationaux, européens et internationaux de la France ». Ce sera notre contribution au débat que j’évoquais en débutant ce billet.

En conclusion, il nous faut reconnaître que les flux migratoires ont changé d’origine. L’adoption en 1951 de la Convention de Genève sur le droit d’asile répondait aux menaces pesant sur la vie des personnes pour des risques de persécution. D’autres motifs se télescopent aujourd’hui et contraignent des êtres humains à se déplacer : réchauffement climatique, crise alimentaire, et terrorisme.

Dans ce contexte, il me semble impossible d’aboutir à une nouvelle convention ; il conviendrait plutôt de s’en tenir à des pactes comme celui sur les migrations adopté le 10 décembre 2018 à Marrakech par 160 pays. Mais, juridiquement non contraignant, il n’a qu’une valeur politique et symbolique.

Toutefois, en janvier 2020, le comité des droits de l’Homme des Nations unies a rendu un avis relatif à la demande d’asile déposée en Nouvelle-Zélande par un réfugié des Iles Kiribati qui estimait que les changements climatiques peuvent porter préjudice aux habitants des pays les plus exposés.

Une jurisprudence serait-elle en train de naître à l’échelle du monde ?

Est-ce les prémices d’un statut du réfugié climatique ?

L’avenir le dira, à défaut d’improbables conventions contraignantes.

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