Qui paiera l’addition de cette double crise pandémique et économique ?

J’évoquais dans mon précédent billet (du 23 avril 2021) les conséquences de la pandémie sur la dette publique et, ses enjeux à l’échelle de l’Europe. Et, si celle-ci a provoqué le miracle de la conversion de l’Allemagne à la sortie d’une stricte orthodoxie financière, nous ne sommes pas allés au bout du raisonnement.

En effet, confinement après confinement, pour faire face aux répercussions économiques et sociales de la crise sanitaire de la COVID-19, l’exécutif, à l’instar de nos voisins, a fait le choix d’un soutien massif financé par un creusement inédit de la dette publique.

Celle-ci atteint désormais 115,7 % du PIB. Les débats d’économistes portent sur son remboursement, sur son cantonnement, ou sur la pertinence des critères de Maastricht ; je l’avais évoqué précédemment.

Ce soutien était évidemment nécessaire, notamment en direction des secteurs particulièrement touchés, voire à l’arrêt.

Désormais, la question se pose de l’évolution des dispositifs d’aides qui doivent accompagner la reprise et s’effacer progressivement, en conciliant pérennisation des entreprises et souci de la dépense publique.

Le pari fait par le président de la République de ne pas confiner en janvier, avant de s’y retrouver contraint, en mars, a un coût. Le ministère de l’Économie et des Finances l’estime à près de 11 milliards d’euros par mois !

Les modalités du soutien économique ont soulevé des questions légitimes : sur le manque de garantie pour l’emploi, sur le manque de conditionnalité pour accélérer la transition écologique, sur certains contournements…

Le ciblage interroge également : les TPE ont souvent rencontré des difficultés à accéder aux aides (du fait de lourdeurs administratives, des changements dans les modalités de calcul,…).

Certains grands groupes, a contrario, affichent une santé insolente et prévoient d’attribuer des dividendes en forte hausse. C’est notamment le cas dans plusieurs secteurs : grande distribution, acteurs du e-commerce… sans que soit fait le bilan des aides de l’État dont ces entreprises ont bénéficié, sans que leur participation à l’effort de solidarité ne soit envisagée.

À un an de la « présidentielle », la mise en scène de la relance prend des accents de campagne électorale. Le président de la République, ne laissant pas de doute sur sa volonté de briguer un second mandat, multiplie les annonces.

Pour autant, il est une question que l’exécutif se garde d’aborder : celle pourtant cruciale du financement de ces dépenses.

Le président de la République a déclaré : « tant que je serai là, il n’y aura pas de hausses d’impôts », misant sur un remboursement de la dette contractée par un retour de la croissance.

Cette affirmation est à nuancer parce que le maintien de la CRDS, probablement jusqu’en 2042, constitue de manière implicite un impôt supplémentaire.

Et en la matière, les discours varient, entretenant un flou inquiétant. Le programme de stabilité que la France a adressé à la Commission européenne repose sur un contrôle drastique des dépenses. À rebours des effets d’annonce et sans que l’on sache si ce scénario de crise est tenable ou souhaitable.

Le président de la République évoque aussi des « réformes de modernisation ». Lesquelles ?

Par exemple, quelle forme prendra la réforme des retraites ? Sera-t-elle aussi injuste que celle de l’assurance chômage ? On imagine aisément la volonté de la reporter après les élections de 2022, mais nos concitoyens sont en droit de connaître les contours des projets à moyen terme que prépare l’exécutif.

Je crains que les économies envisagées reposent principalement – une fois de plus – sur les classes populaires et les classes moyennes.

La gestion de la crise sanitaire, dans toutes ces composantes, a également mis en lumière la sur-administration de notre pays, la concentration excessive des niveaux de prise de décision. Cela a notamment abouti à des situations kafkaïennes : la dernière en date étant la réouverture des parcs d’attraction… avec des manèges fermés !!!

Cette bureaucratie en « folie » – mâtinée d’interventions coûteuses de cabinets de conseils – est pourtant un des principaux maux dont souffre notre pays. Pourquoi le président, qui entend réformer « jusqu’au dernier quart d’heure », ne s’attaque-t-il pas à ce chantier de la lutte contre l’ « Absurdistan » ?

À la place, Emmanuel Macron a annoncé une « grande concertation », cet été, pour « inventer un deuxième temps de la relance ».

Nous ne souhaitons pas que cet exercice soit la copie du Grand débat de 2019, qui ne fut qu’une mise en scène d’un simulacre de concertation. Pas plus que nous souhaitons qu’il soit la version moderne du « Grand tour de France » du roi Charles IX.

Nous lui préférons une véritable concertation décentralisée, qui associe toutes les forces vives de la Nation et, qui n’exclue pas – comme trop souvent depuis 2017 – les corps intermédiaires.

Elle permettrait d’esquisser la France de 2030. Echanger sur les réformes tant de fois reportées (réforme des retraites et de la dépendance), concilier relance industrielle et exigence environnementale ou, repenser nos politiques de lutte contre la pauvreté et en faveur de la jeunesse.

Elle serait indissociable d’une réflexion sur le financement de notre modèle social, sur la recherche de nouvelles solidarités, sur la taxation des hauts revenus d’acteurs économiques qui échappent à l’impôt (les grands groupes du numérique notamment), ou d’une réflexion sur la réforme des droits de succession.

Si nous ne lançons pas ce travail indispensable de réflexion et de prospection, le réveil, en 2022, après les élections pourrait être douloureux pour les Français.

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