Derrière le plan de relance, il y a encore le monde d’avant.

Avec l’annonce tant attendue d’une sortie prudente du confinement et de ses contraintes sur nos libertés, vient le temps de la relance de l’activité économique.

Retourner au restaurant ou au cinéma, assister à un spectacle théâtral ou à un concert… ne sont pas seulement des moments récréatifs, ce sont aussi des signes de reprise de la vie sous toutes ses formes, économie incluse.

Pour éviter l’effondrement de celle-ci, le Gouvernement a dévoilé en octobre dernier, un plan de relance doté de 100 milliards d’euros :

  • 34 milliards d’€ pour le volet « compétitivité économique »,
  • 30 milliards d’€ pour le volet « transition écologique »,
  • 36 milliards d’€ pour le volet « cohésion sociale et territoriale ».

Voilà pour les annonces ! Les travaux pratiques doivent maintenant suivre.

Ce plan est bon pour le moral des entreprises – comme l’ont été les dispositifs de chômage partiel et du PGE (prêt garanti par l’Etat). Et, ces trois priorités sont judicieuses et importantes, je le concède.

Sa réalité est cependant moins avenante qu’il n’y paraît : ce plan reprend, en réalité, des mesures annoncées de longue date, et il est échelonné dans le temps. En 2021, seulement 30 milliards d’€, soit 30 %, seront mobilisés ! Par comparaison, l’Italie mobilisera sur la même période 220 milliards d’€ !

Je regrette aussi que les aides ne soient ni assez ciblées, ni soumises à conditions.

Il eût été judicieux d’aider en priorité les PME, les commerces et les métiers de la restauration. De nombreuses enseignes vont disparaître en silence, ou ne rouvriront pas leurs portes, sans que l’on puisse en connaître vraiment les causes. Il est trop facile de dire aujourd’hui qu’elles étaient déjà fragiles avant les fermetures imposées par les confinements successifs.

Par ailleurs, les PGE (prêts garantis par l’État) ont, dans certains cas, été accordés sans besoin. Et dans d’autres, ils ont aggravé l’endettement déjà élevé de certaines entreprises.

Quant aux effets positifs du chômage partiel, dont les mesures ont été salutaires pour conserver le lien entre entreprises et emplois, ils vont être ternis à l’automne par la réduction des allocations chômage… au moment même où l’on aura, au contraire, besoin de relancer le pouvoir d’achat !

Un autre aspect du plan de relance encourt la critique : il est trop axé sur l’offre, c’est-à-dire sur les entreprises, et pas assez sur la demande, c’est-à-dire le pouvoir d’achat.

C’est bien de soutenir l’investissement des entreprises, mais encore faut-il qu’il y ait une demande en face. Et le soutien à l’investissement prend du temps, surtout quand c’est toute l’économie mondiale qui a été ralentie, entraînant ruptures d’approvisionnement en matières premières et produits manufacturés, augmentation des prix de celles-ci et spéculations boursières. Le CAC 40, l’indice de la bourse de Paris, n’était-il pas au plus haut à 6 649 points, jeudi 17 juin dernier ? L’un des niveaux les plus élevés de ces 20 dernières années!

C’est le pouvoir d’achat qui est la pierre angulaire d’une relance rapide. Une des clés de la réussite de la relance réside dans la dépense des ménages.

Relancer la consommation permet de diminuer l’épargne, de faire repartir l’économie et, ensuite, cela stimule l’investissement. C’est dans ce sens qu’il faudrait agir.

On nous parle d’une épargne accumulée depuis le début du premier confinement, estimée à 150 milliards d’€. Mais elle ne concerne pas tous les français et elle constitue avant tout une épargne « de précaution ».

Nous devrions plutôt revaloriser certaines allocations sociales, et favoriser l’augmentation du pouvoir d’achat des « premiers de corvée », des personnels hospitaliers ou des agents des services à la personne, sans exception, ainsi que des livreurs « uberisés »…

Ces derniers nous montrent chaque jour un peu plus, combien le secteur informel est arrivé chez nous aussi, et s’y développe. Ce sont des activités qui constituent, dans les pays « pauvres », un secteur essentiel pour la survie d’une partie de la population. Comment croyez-vous que des personnes « sans-papiers » ont survécu en France pendant toute cette période ?

En fermant les yeux sur cette réalité, nous sommes devenus complices du développement de cette pratique.

Toutes ces catégories sociales n’épargnent pas, elles n’en ont pas les moyens. Elles dépensent par nécessité.

Nous le mesurerons plus tard : cette pandémie aura encore plus creusé les écarts de richesses entre nos concitoyens ; de plus en plus de personnes tombent en-dessous du seuil de pauvreté. Il suffit de rendre visite aux associations caritatives, comme j’ai pu le faire, pour s’en rendre compte.

Enfin, reste la dimension écologique de ce plan, et en ce domaine je porte également un regard critique.

Tout d’abord, le chèque européen de 30 milliards ne commencera à être distribué qu’à l’automne prochain. S’il est bien de mettre l’accent sur les mesures tournées vers l’innovation ou le développement de nouvelles technologies non émettrices de CO2, comme le plan hydrogène par exemple, pourquoi en revanche ne pas le mettre plus significativement sur la rénovation thermique de l’habitat ?

Nous avons pris beaucoup de retard en ce domaine et, nous devrons être économes demain en consommation d’espaces bâtis ! Si nous devons moins construire, il faut plus rénover. Et il est plus facile d’interdire immédiatement la construction que de rénover rapidement l’habitat ! Cela aussi constitue un facteur d’inégalités et d’injustice. Les prix de l’immobilier ont déjà repris leur marche en avant rendant, malgré des taux bancaires faibles, l’accès à la propriété de plus en plus difficile, et faisant de certains, des locataires à vie.

Comme vous pouvez le constater, il convient d’adopter sur ce plan de relance une lecture « politique », et c’est toute l’ambition de ce billet.

Derrière les chiffres et les annonces se cachent une réalité qui montre que le monde d’après ressemble en fait encore trop souvent… au monde d’avant.

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