Des droits de l’Homme aux droits des êtres humains et aux droits des autres…

À l’origine de mon billet de cette semaine, il y a d’abord eu l’examen de la très choquante répartition des vaccins visant à endiguer une pandémie qui concerne tous les pays et touche tous les individus de la planète, pauvres et riches.

En effet, le programme de solidarité de l’OMS, COVAX, qui devait répartir les vaccins à l’échelle mondiale, a été rapidement détourné par les pays riches, ne laissant aux autres que l’AstraZeneca, produit dans un seul pays, l’Inde.

On connaît la suite. À ce jour, 0,2% seulement des habitants des pays pauvres ont reçu une première injection contre 30% dans les pays riches !! L’idée « qu’il ne faut penser qu’à certains humains commencerait-elle à dominer le monde » comme le relevait récemment un philosophe ?

Le déplacement en Pologne et en Lituanie que j’ai effectué la semaine dernière, avec deux de mes collègues de la Commission des affaires étrangères, n’a fait qu’accentuer en moi ce triste constat : comment ne pas questionner notre conception des droits de l’Homme au 21e siècle, alors que s’installe aux portes de l’Union européenne, en Biélorussie, une dictature qui interdit d’étudier sur place la situation politique de ce pays ?

Définie comme l’idéal commun à atteindre pour tous les peuples, la Déclaration universelle des droits de l’Homme, adoptée en 1948, énumère les droits civils, culturels, économiques et sociaux de base dont tous les êtres humains devraient, à ce jour, jouir dans tous les pays.

S’agissant des droits civils et politiques, on parle notamment de la libre circulation des personnes, de l’égalité devant la loi et les tribunaux, de liberté de conscience ou de liberté d’expression. Autant de droits qui n’ont plus cours dans de nombreux pays aujourd’hui : en Chine où les Ouïghours sont emprisonnés et condamnés au travail forcé ; en Birmanie où les Rohingyas sont déplacés et chassés ; en Inde où les musulmans sont victimes de violences restées impunies, quand elles ne sont pas encouragées ; mais aussi dans ce pays frontalier de la Pologne et de la Lituanie, la Biélorussie !

Au retour de cette mission courte, mais très dense, pleine des 17 entretiens réalisés en deux jours, on ne peut plus s’interroger de manière abstraite – et parfois un peu éloignée des réalités – sur la signification de ces droits de l’Homme.

Rencontrer trois des opposants biélorusses en exil, membres du « présidium » du Conseil de coordination, ainsi que les responsables politiques lituaniens et polonais qui les soutiennent, échanger avec Svetlana Tikhanovskaïa (épouse du candidat à la présidentielle emprisonné) et Pavel Latouchka (ancien ministre de la Culture) – deux figures de proue de l’opposition – nous ont permis de mesurer l’état de terreur dans lequel vivent les populations Biélorusses attachées à leur démocratie.

Nous avons également pu prendre conscience de l’intimidation des journalistes ou des personnes qui se hasardent à témoigner.

Ainsi, toutes les formes de négation des droits humains s’additionnent pour qu’un dictateur se maintienne au pouvoir : une Corée du Nord en Europe, en quelque sorte !

La terreur n’a pas de frontière : en témoigne le détournement d’un avion pour emprisonner un opposant. Les autres ne sont pas en sécurité si à tout moment un enlèvement est possible malgré la protection accordée par la Lituanie et la Pologne, pays d’accueil d’ambassadeurs de la liberté. Nous l’avons mesuré lors de nos rencontres, cachées sous de faux prétextes, avec des interlocuteurs non-identifiés préalablement.

Nouvelle époque que le 21e siècle ! Nouveaux problèmes (climatiques, pandémiques, etc.) et, nouveaux bourreaux.

Ne sommes-nous pas face à une urgence nouvelle : celle de reconnaître le droit des autres (c’est-à-dire ceux de tout le monde) ?

À défaut, de nouveaux conflits apparaîtront quand d’autres s’enliseront et en génèreront de nouveaux. En ne pensant qu’à certains humains, nous alimenterons en permanence cette spirale de conflits.

Ni un repli nationaliste, ni nos institutions – européennes ou mondiales bloquées par des postures géopolitiques héritées du passé – ne constituent des éléments de la solution.

Nous sommes face à un changement historique qui commande que soit mise en œuvre une forme concrète de l’altérité, de la réciprocité et de la solidarité.

L’exemple de la Biélorussie est pour l’Europe, l’occasion d’exprimer ce changement :

  • L’altérité, c’est faire en sorte que la démocratie soit reconnue comme mode d’organisation de la société biélorusse,
  • La réciprocité, c’est que chaque voisin – la Russie comme la Pologne et la Lituanie (et l’Europe) – puisse reconnaitre l’État biélorusse,
  • La solidarité, c’est accompagner le peuple biélorusse dans sa quête de liberté.

Pour ma part, je n’ai cessé, au cours de nos entretiens, d’approfondir cette idée selon laquelle les Droits de l’Homme ne se réduisent pas aux droits des êtres humains, mais doivent aussi être élargis tout simplement aux Droits de l’Autre, aux droits des autres. Ceux que les vaccins oublient, ceux que les conflits affament ou ceux que la géopolitique ne veut pas voir.

J’ai aussi défendu l’idée d’une justice universelle où tout un chacun pourrait agir dans, ou depuis, son pays d’exil contre ceux qui l’ont torturé. La justice ne doit pas avoir de frontière !

Nombreux sont ceux qui partagent ces idées. Il nous appartient maintenant de les répandre, au travers de nos communications.

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