La SAS Ecolience ou le visage projeté de l’agriculture de demain

Lundi 7 juin dernier débutaient à Genouillé, dans le sud de ma circonscription, les travaux de construction d’un site entièrement spécialisé dans la valorisation de plusieurs productions végétales, mais aussi animales.

Il s’agit de la mise en place d’une unité très innovante de fabrication, de transformation et de commercialisation de produits issus de l’agriculture biologique, au sein d’une construction de 3 630 m2 qui accueillera différentes activités. L’investissement financier s’élève à 12 millions d’euros.

Deux associés, Frédéric Grünblatt, président, et Marlène Castan, directrice générale, font le pari de développer leur projet sur notre territoire. L’un et l’autre ont un parcours professionnel de plus de 30 ans dans la distribution et la mise sur le marché de produits bio.

Plusieurs constats sont faits aujourd’hui concernant le rapport à l’alimentation :

  • Un besoin de « transparence et de naturalité », à l’inverse d’une alimentation basée sur des aliments ultra transformés, largement remis en cause.
  • Une transition agro-écologique et une relation au vivant : l’alimentation fait désormais l’objet d’un projet politique à part entière, et les collectivités travaillent sur des questions qui y sont liées, relatives à l’autonomie alimentaire, la santé, l’environnement, le sol, le vivre-ensemble et la convivialité.
  • Un intérêt pour une alimentation « positive », carrefour de tous les enjeux : santé, bien-être animal, environnement, économie des territoires.

Ce projet qui induira la création de 70 emplois (sur 5 ans) et le développement de l’agriculture bio dans un rayon de 100 kilomètres, dépasse le seul périmètre du Civraisien-en-Poitou : il s’intègre dans la démarche Néo Terra en Nouvelle-Aquitaine, et constitue une première au niveau national.

Il a mobilisé de nombreuses participations avec entre autres, la Communauté de communes du Civraisien-en-Poitou et le département de la Vienne pour l’aménagement d’un axe routier permettant la desserte du site et la pose d’une connexion à la fibre optique, la Région Nouvelle-Aquitaine et l’État (Sous-préfecture de Montmorillon et différents services de la Préfecture de la Vienne).

Parallèlement, la mise en place d’un partenariat dans le cadre du Programme Alimentaire Territorial (P.A.T.) du Grand Poitiers s’inscrit dans le droit fil de la démarche de valorisation entreprise par la SAS Ecolience, appuyée par une forte dynamique partenariale.

Genouillé et Asnois – petites communes de 517 habitants pour l’une et 163 habitants pour l’autre-, leurs maires respectifs, Jean-Guy Valette et Thierry Neels, ainsi que leurs équipes municipales, sont confrontés à l’exode rural depuis ces quarante dernières années, comme nombre de communes rurales à vocation essentiellement agricole.

À cela s’ajoute la disparition progressive des élevages laitiers (bovins et caprins) dans ces deux communes, et plus largement dans le Civraisien, au profit de troupeaux de vaches allaitantes et du développement d’exploitations principalement céréalières.

Même si les différents types d’agriculture ont leur raison d’être, et si l’agriculture conventionnelle a connu ses heures de gloire jusqu’aux années 2010, on ne peut que constater la volonté de plus en plus forte aujourd’hui, de nombreux agriculteurs de limiter l’utilisation d’intrants chimiques (fertilisants et produits phytosanitaires). Si ce n’est tout simplement, par nécessité économique !

De nouvelles techniques culturales dites « simplifiées », respectueuses de l’environnement ont pris place, comme la technique du « non labour ». Cette évolution a été confortée et amplifiée par l’arrivée de nouveaux agriculteurs qui ont engagé une réflexion sur de nouvelles pratiques et intégré l’agriculture biologique au sein de leur exploitation.

Le projet porté par la SAS Écolience – qui prend appui sur sa propre exploitation de 260 hectares, d’un seul tenant, situés conjointement sur les territoires de Genouillé et Asnois – va impacter la place de l’agriculture biologique bien au-delà de ces deux seules communes.

La production annuelle devrait s’élever à environ 500 tonnes, avec l’utilisation de 22 variétés différentes sur leur exploitation, alors que l’unité de fabrication et de transformation Écolience pourrait traiter plus de 8 000 tonnes de productions céréalières à l’horizon 2025.

Des partenariats sont déjà engagés avec une vingtaine d’agriculteurs locaux, dans un rayon de 100 kilomètres maximum, pour satisfaire la capacité de l’unité. Ceci correspond à un besoin équivalent de plus de 3 000 hectares. C’est dire les conséquences de ce projet sur la région, au sens économique comme sur le plan environnemental.

Écolience se positionne sur l’ensemble de la chaîne de valeur du produit biologique.

La première étape sera la réception des produits bruts en provenance directe de la ferme même ou des agriculteurs partenaires. Seront ainsi intégrées les étapes de stockage, de séchage, de tri des matières premières agricoles : céréales, oléagineux et protéagineux. Différents outils et techniques seront déployés, tels que des cellules de stockage et des containers ventilés, l’installation d’une ligne de triage ainsi qu’une unité de décorticage.

Plusieurs ateliers de conditionnement et de transformation vont être créés pour assurer progressivement les prestations suivantes :

  • La mise en sachet de produits bruts (2 660 tonnes de produits emballés par an),
  • La production de farines (900 tonnes par an) à partir de 6 moulins artisanaux « à meule de pierre »,
  • Le traitement des œufs produits sur site, en provenance de 5 poulaillers de 300 poules pondeuses élevées en plein air, ce qui représente 400 000 œufs bio « de très haute qualité gustative », par an, selon les propres termes des dirigeants.
  • La production d’huile, à partir de cultures d’oléagineux (colza et- tournesol). Une presse de première pression « à froid », permettra de produire 310 000 litres par an.
  • Un atelier fruits et légumes traitera 40 tonnes par an (lavage, épluchage, coupe…).
  • Une fabrication de différents types de pâtes, à l’aide de machines à pâtes artisanales (336 tonnes par an).
  • Une brasserie pour assurer la production de bières artisanales à partir de malt local, d’une capacité de 3 500 hl par an.
  • La production de biscuits secs à l’aide d’outils (mélangeurs, extrudeur et fours de cuisson) pour 122 tonnes par an.
  • Un atelier de fabrication de différents types de pain. Différents outils (pétrin, bouleuses, fours de cuisson…) permettront de produire 235 tonnes de pain par an.
  • La préparation de produits « traiteur », à base de légumes (180 tonnes par an).

Écolience a prévu une montée en puissance sur cinq années, avant d’atteindre son rythme de croisière en 2027.

Écolience, c’est aussi le développement d’une filière d’élevage caprin pour contribuer au rayonnement du territoire poitevin. Les deux communes d’Asnois et de Genouillé, font partie de la zone AOP Chabichou du Poitou.

 Écolience veut saisir cette chance pour valoriser sa surface en herbe et produire le lait qui permettra la fabrication de fromages au lait cru fermier et bio. Une gamme de yaourts et de desserts bio au lait de chèvre sera également produite, avec son troupeau de 350 chèvres de race Poitevine.

L’objectif est de proposer une large gamme de produits bruts et transformés autour de 13 familles, soient plus de 200 références à l’étalage.

Le site permettra aussi d’accueillir le public et d’initier à l’agriculture biologique en montrant la fabrication et la transformation des produits du quotidien. Un circuit de découverte permettra d’expliquer et de sensibiliser les consommateurs sur l’impact sociétal de ces choix de consommation. Des visites, des espaces pédagogiques, une boutique d’usine et un espace de restauration pour les visiteurs du site, ainsi que des ateliers découverte et cuisine permettront d’accueillir tous les publics.

Les produits seront commercialisés dans le magasin-usine en circuit-court de proximité, sur le site internet et, en circuit court pour la majorité (65 % des ventes en Nouvelle-Aquitaine et 35 % sur le reste du territoire).

Ce projet qui a pu surprendre certains, représente une chance pour notre territoire. Il s’inscrit pleinement dans les orientations futures que doit prendre l’agriculture pour répondre aux attentes sociétales des consommateurs. Il donne tout son sens à la notion d’agroécologie portée par l’ancien ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, et sa « loi d’avenir pour l’agriculture ». Il montre aussi que la contractualisation à une échelle territoriale constitue une réponse pertinente, quand les mesures votées dans le cadre de la loi EGALIM ne donnent pas satisfaction à la majorité des agriculteurs, pris dans l’étau de la grande distribution et/ou de leurs structures de collecte locale bien souvent surdimensionnées.

C’est sur la base d’une relation de confiance, sur le mode « gagnant-gagnant », que s’édifiera à terme, ce projet inédit, porteur d’avenir pour le monde agricole tout entier et le territoire dans son ensemble.

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