Le sursaut ou l’abîme

Élection après élection, la « vague brune » monte. Hier impensable, la possibilité de voir un parti d’extrême droite et xénophobe, diriger une, voire plusieurs régions, ne semble pas émouvoir grand monde, pas plus que la perspective de voir Marine Le Pen élue à la présidence de la République.

Un hebdomadaire, Le Nouvel Observateur, ne titrait-il pas d’ailleurs cette semaine : « L’extrême banalisation, comment Marine Le Pen se rapproche du pouvoir ? ».

Face à ce péril, les formations politiques traditionnelles sont atones. Plus grave, elles se déchirent sur les réseaux sociaux et les chaînes d’information en continu, autour de débats stériles, sur des thématiques soufflées par l’extrême droite. Elles rappellent ces théologiens byzantins, se perdant en controverses sur le sexe des anges, alors que la chute de Constantinople était imminente.

De nombreux médias invitent les représentants du Rassemblement National comme s’il s’agissait d’un acte anodin, sans jamais évoquer les ravages causés par l’extrême-droite.  Cette mithridatisation de l’espace public est mortifère.

En 2017, l’élection d’Emmanuel Macron portait la promesse d’un renouvellement des pratiques politiques. Cet espoir a fait long feu et, dans les faits, le centralisme jupitérien a considérablement amplifié les défauts d’une organisation politique nationale totalement inadaptée à la situation, aux attentes et à l’évolution de nos sociétés.

Le président de la République a tout d’abord incarné un capitalisme débridé, jusqu’à ce que la crise des « gilets jaunes » fasse prendre conscience de la menace d’éclatement du pays. En réaction, sa seule initiative fut d’organiser un grand débat bâclé, vite transformé en « grand Blabla » ne voulant lui-même, ni écouter, ni lâcher prise.

La crise sanitaire qui a suivi fut, elle-même, gérée avec des manques d’anticipation, de concertation et de transparence édifiants. La technocratie « en folie » a amplifié la crise et le désarroi de nos concitoyens.

Il résulte de quatre années de pouvoir, une société française profondément divisée, à crans et traversée par la prévalence du discours décliniste.

Nous fonçons « dans le mur » sans qu’à aucun moment le Gouvernement ne s’interroge sur les causes profondes de la défiance : un système démocratique de prise de décision à bout de souffle.

Il est urgent de changer de cap ! Et, nous l’affirmons : nous ne sortirons pas de ce bourbier sans un choc démocratique et social profond.

Conscients que cette révolution démocratique passe par une autonomie accrue des territoires, nous affirmons qu’il faut rompre avec la logique des petits ajustements, prévus par la loi seule « 4D » (déconcentration, décentralisation, différenciation, décomplexification), pour engager un véritable acte de décentralisation dont notre pays a un impérieux besoin.

Santé, éducation, culture, sécurité, formation, écologie, soutien à l’économie et à l’emploi… Toutes les compétences qui peuvent être confiées aux collectivités doivent l’être – réellement – comme c’est le cas chez nos voisins européens.

Par ailleurs, afin de renouer le fil de la confiance avec nos concitoyens et revivifier notre démocratie, nous devons explorer plusieurs pistes : la généralisation des référendums « à choix multiples » ou encore une réflexion sur le processus législatif (généralisation de la concertation en amont par un organisme indépendant d’analyse, levée des verrous au référendum d’initiative partagée…).

Il existe une autre menace pour notre sécurité collective et notre cohérence nationale : la persistance, voire l’aggravation des injustices, de la précarité et de la pauvreté.

Nous appelons la convocation d’une « grande conférence » rassemblant les partenaires sociaux, le Parlement et les représentants des élus locaux.

Elle permettrait de jeter les bases d’un nouveau partage des richesses et la généralisation des bonnes pratiques dans les entreprises, reposant sur une nouvelle répartition de la valeur ajoutée, une ouverture de la composition des conseils d’administration…

Seraient aussi posées les bases de la société contractuelle laquelle conditionnerait les aides aux entreprises, les accès aux marchés publics et les politiques de réduction d’impôts à des critères sociaux et environnementaux.

La Caisse des Dépôts et Consignations, bras armé de l’État, verrait ses directions régionales renforcées, et investirait prioritairement, au côté des collectivités territoriales dans les entreprises respectant des objectifs sociaux et environnementaux (RSE) et créant des emplois en régions.

Enfin, notre pays doit renforcer ses outils de lutte contre la pauvreté et pour l’insertion. Des initiatives, comme celle des « territoires zéro chômeur », doivent être davantage déployées, voire généralisées.

Un effort doit également être mené pour revaloriser immédiatement les petits salaires.

Deux pistes doivent être explorées : la suppression de la part salariale des cotisations sociales pour les salaires entre 1 et 1,5 smic (qui serait reportée sur les hauts salaires) et l’affectation de la prime pour l’emploi directement sur la fiche de paie, qui permettrait ainsi un gain de pouvoir d’achat de l’ordre de 200 euros par mois, à hauteur du SMIC.

Il convient également de distribuer sans tarder un chèque alimentaire pour aider les plus modestes à manger mieux et, pour aider les agriculteurs les plus vertueux : c’était l’une des propositions phares de la Convention citoyenne pour le climat. 

Enfin, ce plan devra répondre à la détresse de nos jeunes, par la possibilité pour tous les 18-25 ans de bénéficier d’un revenu mensuel garanti.

Si nous n’engageons pas ces chantiers immédiatement, nous prenons le risque d’un réveil trop tardif. Nous ne nous résignons pas à voir notre pays basculer vers l’extrême droite. Nous appelons avec force à un sursaut démocratique, écologique et social.

C’est aussi la raison d’être du groupe parlementaire auquel j’appartiens aujourd’hui, Libertés et territoires, et qui se veut porteur de ces réflexions que je vous invite à partager.

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