Abstention : une pandémie sans remède

Nous pourrions disserter méticuleusement sur le taux d’abstention dans chaque territoire, nous rassurer en constatant qu’il diffère de l’un à l’autre, et considérer que des solutions locales suffiraient à y répondre.

Cette approche, éventuellement utile à un chercheur en sciences politiques qui scrute les données particulières pour en dégager une tendance générale, m’oblige cependant à souligner la crise démocratique profonde dans laquelle nous plonge cette abstention récurrente et amplifiée à chaque scrutin.

Je ne peux pas me dérober, comme d’autres, en me contentant de distinguer des scrutins où l’abstention serait importante et d’autres – presque exclusivement le scrutin présidentiel – où l’abstention le serait moins. Ce raisonnement accentuerait une dérive institutionnelle consacrant l’hypertrophie du scrutin présidentiel qui justifie et légitime souvent une action solitaire du président de la République et de sa majorité.

L’abstention est un péril.

C’est un péril pour l’action politique en elle-même, qui finit de délégitimer les élus.

C’est un péril parce qu’elle éloigne les citoyens et la société de toute décision qui, prise sans eux, malgré le principe démocratique, n’a plus la même force.

Alors cela pourrait arranger certains citoyens qui ont toujours vécu loin de la démocratie ou ceux, plus cyniques, qui prospèrent dans cet éloignement démocratique. Et l’on connaît ces personnalités qui s’accommodent très bien des chiffres élevés de l’abstention.

Dans ces dernières élections locales deux raisons principales expliquent, selon moi, l’abstention :

– la distance entre l’institution elle-même – Conseil départemental ou Conseil régional – et les citoyens,

– une offre politique qui n’incite plus ces derniers à se déplacer et à s’engager dans la vie démocratique. Combien de mes concitoyens m’ont affirmé, lors de cette dernière campagne, ne rien comprendre au sens de ces élections ?

Finalement, c’est moins l’intérêt de cette élection qui les gêne, que le fait de ne plus savoir à quoi sert le Département ou la Région. Malgré leur proximité géographique, ces collectivités leur paraissent loin de leur quotidien : ils les assimilent désormais plus à des administrations qu’à des assemblées politiques au service de l’évolution de la vie des citoyens de leurs territoires. Cet éloignement est flagrant, y compris pour ceux qui sont les plus initiés.
La gestion administrative a pris la place des projets politiques. Et pour remédier à cela, les modifications institutionnelles dictées par une rationalisation financière ne sont évidemment pas le meilleur chemin.

Nombre de nos concitoyens se demandent quelle peut-être aujourd’hui l’influence ou le pouvoir d’un conseiller départemental ou d’un conseiller régional face à une administration pléthorique. Force est malheureusement de constater l’augmentation du pouvoir administratif et l’abaissement du pouvoir politique.

La question de l’offre politique est aussi le symbole de cette abstention récurrente. Pourquoi aller voter quand le discours politique ne semble jamais sortir des polémiques nationales ou locales relatives au positionnement artificiel des uns et des autres sur l’échiquier politique ? Peu, voire très peu, de débat sur le fond des sujets qui pourraient intéresser la vie quotidienne des citoyens. Peu ou très peu de débat exposant les solutions aux problématiques vécues par les citoyens.

Cette absence de débat donne l’impression que la vie démocratique serait déconnectée de la vie de la société. La vie démocratique serait une vie élective en décalage avec la vie réelle.

Dès lors, les électeurs s’en désintéressent. Et les instruments utilisés habituellement pour stimuler la participation ne fonctionnent plus.

Faire le constat, que nous avons déjà fait après chaque élection qui connaît un record d’abstention, est nécessaire. Mais il n’est pas suffisant.

Les élus, et les candidats à l’élection, doivent faire preuve d’une plus grande responsabilité et ne plus se perdre dans des batailles d’egos qui ne font que nourrir l’abstention.

Viendra le moment, peut-être plus proche que nous le croyons, où la question de la légitimité des élus sera posée.

Les élus eux-mêmes devront se la poser. Avant que l’administration et l’État se la posent à leur place. Et finissent, tout simplement, par se passer des élus.

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