Une nécessaire révolution démocratique pour répondre à la pandémie de l’abstention

Mes années universitaires m’ont offert la chance d’étudier le droit constitutionnel avec Pierre Avril, qui fut associé à la rédaction du projet de Constitution de 1958 laquelle régit encore notre République.

Quelques révisions ont bien sûr jalonné l’histoire de cette 5e République, sans toutefois qu’il y ait matière à la remettre en cause, si ce n’est, à mon avis, sur un point : la présidentialisation toujours plus grande du pouvoir. Ceci a eu 2 lourdes conséquences : un affaiblissement du rôle du Parlement et une tendance à résumer la démocratie à une seule élection : celle du président de la République.

Je titrais mon précédent billet hebdomadaire ainsi : Abstention, une pandémie sans remède. S’en tenir à cette constatation ne suffit pas ; il convient cette semaine de pousser plus loin la réflexion.

Je me suis très tôt intéressé à la vie politique au cours de mes années de lycée puis d’étudiant. Je n’ai pourtant rejoint un parti politique qu’après avoir sollicité une première fois les suffrages.

Une fois devenu élu local et, par la suite, militant, j’ai connu la première “cohabitation” de 1993, puis la seconde en 1997. Ce qui me semblait impossible pendant mes études – que le Premier ministre ne soit pas issu d’une majorité parlementaire favorable au chef de l’État – m’est apparu envisageable et, avec le recul, cela a participé à de nécessaires équilibres du pouvoir.

Malheureusement, la réduction d’un mandat présidentiel associée à l’inversion du calendrier électoral -à laquelle je me suis toujours opposé- ne pouvait que conduire aux déséquilibres mortifères que nous connaissons aujourd’hui : la présidentialisation a dévoré la vie politique, désormais étouffée par l’omnipotence du chef de l’État et une administration qui ne veut rien céder de ses pouvoirs.

Ajoutons à cela que, désireux de liquider les partis politiques avec son mantra (le fameux « en même temps »), le président de la République a créé une confusion qui a déstabilisé l’électeur!

Les formations politiques ont aussi leurs parts de responsabilités, avec souvent une unique obsession : accéder aux postes de pouvoir, qu’il soit local, départemental ou régional. Les dernières consultations dans les départements et les régions l’ont encore montré.

Dès lors, la conjugaison de ces trois phénomènes – présidentialisation à outrance de la politique ; décentralisation sans cesse affaiblie par la perte d’autonomie financière et, la reprise en mains de l’Administration centrale, même déconcentrée ; et faillite du système des partis – expliquent la réalité à laquelle nous sommes confrontés : plus de militants, plus d’assesseurs, plus d’électeurs !

Le fiasco électoral constaté lors des deux derniers scrutins exige que nous nous penchions sur l’état des institutions de la Ve République.

La grève des urnes doit être analysée, sans attendre la prochaine échéance vers laquelle tout le monde semble pourtant déjà tourné. La “droite” se cherche un leader parmi de nombreux prétendants ; la “gauche” n’en a pas et se demande ce qu’elle est aujourd’hui : socialiste ou écologiste ou les deux ? Même le Rassemblement national n’échappe pas à ce mouvement de défiance.

L’urgence pour moi est ailleurs : il est temps de penser à une VIe République. Je n’y étais pas favorable jusqu’alors, mais je crois que le temps est maintenant venu.

Il faudra avant tout, du courage pour y parvenir, le courage politique d’écrire un vrai programme pour de futures élections, en incluant :

  • L’inversement du calendrier électoral entre législatives et présidentielles.
  • Le renforcement des pouvoirs du Parlement.
  • Le développement, complémentaire, de l’offre de participation et d’implication des citoyens.
  • La réforme du financement des partis et la définition d’un véritable statut de l’élu.
  • Redéfinir des règles communes pour l’exercice des mandats, tant sur le plan national que local.
  • Un référendum d’initiative citoyenne réellement délibératif.
  • Une décentralisation renforcée et de possibles différenciations territoriales.
  • Une simplification de nos institutions pour une plus grande clarté des pouvoirs et des compétences.

Tout cela afin de remettre les citoyens au centre de la décision publique, avec des élus plus représentatifs de la société et, aux pouvoirs renforcés.

Nous avons besoin d’une démocratie parlementaire coordonnée avec des collectivités locales aux moyens d’actions accrus, plus autonomes et plus proches du quotidien de nos concitoyens. Bref, d’une nouvelle constitution fondée sur la citoyenneté, l’autonomie et la responsabilité.

Le discrédit démocratique cumulé est désormais tel que l’avènement d’une révolution démocratique s’impose !

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