À quoi ressemblera l’économie de demain ?

Une pandémie durable qui déstabilise les économies et modifie les rapports au travail ; le dérèglement climatique qui affecte toutes les régions du monde, y compris sous nos latitudes ; des ressources naturelles qui se raréfient et un accès à l’eau de plus en plus problématique ; le développement du numérique dans tous les domaines de notre quotidien, y compris dans notre vie privée… Tout cela nous interroge et pose la question de l’économie de demain.

Parlera-t-on encore à l’avenir, de croissance par référence au sacro-saint P.I.B. (produit intérieur brut) ?

Notre simple rapport à l’environnement dictera-t-il notre vision de cette économie ? Le terme de « croissance » a-t-il encore un sens ?

Il y a quelques mois, un rapport a été commandé par le président de la République à deux économistes reconnus dont un prix Nobel, Jean Tirole, et son collègue Olivier Blanchard. À la tête d’une commission d’experts composée d’une vingtaine de membres, ils ont produit et rendu un rapport sur « les grands défis économiques » qui nous attendent, alors que le monde n’est pas encore sorti d’une crise qui affecte déjà durement son économie.

Cette crise devrait selon eux, rebattre les cartes de la mondialisation, toucher durement les pays dont l’économie est très dépendante du pétrole (Algérie, Nigeria, Venezuela…) ou de secteurs d’activités spécifiques, comme le tourisme (Tunisie, îles du Pacifique…). Sans parler des zones de conflits ou de troubles permanents avec la présence de mouvements terroristes (Afrique Sub-saharienne, Libye, Afghanistan, …) ou de l’impérialisme chinois, partout dans le monde.

Ce rapport dont on aurait pensé qu’il tiendrait compte de ces différents facteurs, ne déroge malheureusement pas aux principes qui caractérisent le néo-libéralisme : méfiance envers le « politique » et confiance dans la technocratie.

Il s’est cependant saisi de trois sujets essentiels pour notre avenir : l’environnement, les inégalités et le vieillissement de la population.

  1. Environnement : dans ce domaine, rien de révolutionnaire n’est proposé ; des taxes et des subventions se superposent avec les résultats que l’on sait. Et ce n’est pas avec « l’écologie de la production » – censée être le moteur de la croissance de demain selon le président de la République – que nous allons reconquérir la biodiversité, freiner le dérèglement climatique ou arrêter le pillage des ressources naturelles.

 La loi « Climat » est la preuve du décalage entre la volonté et les actes. Les membres de la Convention citoyenne pour le climat n’ont manifestement pas été associés aux travaux de ces « experts ». Entre les citoyens et les experts, c’est la technocratie qui a gagné, une nouvelle fois.

2. Inégalités : elles n’ont jamais été aussi grandes ! Les milliardaires ont doublé leur fortune depuis le début du quinquennat et, en France, nous sommes passés de 9 à 12 millions de personnes en situation de précarité.

On invoque l’éducation et l’égalité des chances pour les réduire, mais l’on sait combien ces leitmotiv(e) incantatoires sont insuffisants. La réduction des inégalités ne peut plus passer que par une redistribution forte des revenus et du capital parce que les écarts sont devenus inacceptables. Les auteurs du rapport ne semblent pas non plus avoir entendu le président américain, Joe Biden, et tenu compte de sa croisade contre les paradis fiscaux ou les inégalités de taxation des profits. Pourquoi ne pas, nous aussi, instituer un impôt mondial chez nous ?

3. Vieillissement de la population : sans surprise, le rapport soutient la réforme du système des retraites, et préconise de la faire reposer sur deux piliers : l’allongement de l’âge de départ et la baisse des pensions. La hausse des cotisations et la retraite par capitalisation – qui auraient été recommandées hier – ne sont en revanche plus à l’ordre du jour.

On ne trouve rien sur la dépendance laquelle devra pourtant, au nom de la réduction des inégalités, être prise en compte, ni sur la reconnaissance et la qualification des emplois et des services que le grand âge nécessite de plus en plus. Nous avons déjà tenu nos aînés à l’isolement pendant de longs mois, en raison de la gestion de la pandémie ; allons-nous maintenant abandonner les plus âgés dans l’indifférence de leur solitude ?

Enfin, ce rapport est également décevant dans un autre domaine : la numérisation du quotidien.

Si le « tout numérique » s’impose déjà aujourd’hui dans de nombreux domaines, ce sera encore plus le cas demain.

Que l’économie privée en fasse un vecteur de développement (achat par correspondance, ventes à emporter, livraison à domicile…) : c’est une chose.

Que l’État et ses services publics en fassent une règle universelle pose et posera question au regard du principe constitutionnel d’égal accès à ces services : 23 % de la population adulte se déclarant « mal à l’aise avec le numérique », ne sommes-nous pas déjà face à un nouveau facteur d’exclusion ?

Et ne parlons pas de l’annonce du président de la République qui voudrait « angliciser » toute l’administration d’ici 2022 !!

L’économie de demain ne doit pas laisser au bord de la route encore plus de personnes que celle d’aujourd’hui : chez nous aussi, ce que les pays pauvres appellent le « secteur informel » a créé des travailleurs précaires permanents dépendant d’une économie qui leur échappe de plus en plus.

L’une des conséquences à haut risque de ces transformations de notre société est la désaffection des urnes, un mouvement qui ne fait que s’amplifier. Des règles collectives qui hier permettaient de « faire société » sont par ailleurs remises en question, comme l’acceptabilité d’un vaccin. Et, des revendications incontrôlées émergent de tous côtés, relayées par des réseaux sociaux, des médias qui se présentent comme « alternatifs » et, par défaut, de corps intermédiaires organisés.

Bref, autant de menaces pour la notion même de démocratie. L’économie de demain est aussi un enjeu démocratique.

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