Afghanistan : l’infernal engrenage des jeux d’influences internationales

L’expansion des influences, si ce n’est des ingérences, quelques soient les lieux ou les époques, a engendré depuis la nuit des temps, guerre, violence et barbarie.

La fin de ces expansions signifiait la fin des conflits ouverts, mais se traduisait aussi par le partage souvent cynique, des influences. Souvenons-nous Yalta et la fin de la guerre 39-45 !

Pour autant, l’histoire n’efface jamais les racines du mal, et celles-ci, telles des graines enfouies dans le sol, finissent toujours, hélas, par renaître.

Même si certaines sont plus récentes comme celles exercées par les États-Unis, d’autres plus anciennes comme celles de l’empire du Levant ou de la grande Russie, pour ne pas parler de l’empire soviétique, rêvent toujours des lustres d’antan.

C’est dans ce contexte que les Russes sont un jour entrés en Afghanistan. Ils y sont allés mais n’ont jamais compris les subtilités de ce pays. Ils n’ont fait que réveiller les forces tribales, quand les Américains, tout à leur diplomatie d’influence, armaient sournoisement les Talibans pour freiner l’expansion soviétique.

Installé au pouvoir par les armes en 1996, le régime taliban allait devenir le refuge des fondamentalistes islamiques pour en arriver au trop symbolique 11 septembre 2001, et ses attentats spectaculaires qui ont sidéré le monde.

En retour, les Américains envahirent à leur tour l’Afghanistan.

20 ans plus tard, le « libérateur de l’obscurantisme » a fini par n’être considéré que comme une troupe coloniale, une armée d’occupation.

Ajoutons à cela que, parallèlement, s’est installé dans ce pays fragilisé un pouvoir faible où la corruption a gangrené les efforts de reconstruction pour, enfin, aboutir à une impasse devenue un enjeu de politique intérieure des États-Unis, au moment des dernières élections américaines !

Le départ précipité des Américains annonçait un désastre ; il en a été au-delà. Les Talibans ont avancé sans rencontrer de résistance, organisés qu’ils étaient depuis longtemps en s’appuyant sur les pays voisins comme le Pakistan, par exemple. Mais les Talibans vainqueurs sans combattre se sont très vite découvert un nouvel ennemi : DAECH.

L’Afghanistan a toujours été « le tombeau des Empires » pour reprendre l’expression du grand reporter Olivier Weber (auteur de l’ouvrage Massoud le rebelle qui sort cette semaine). La Russie, de retour après l’Union soviétique ou la Chine toujours en quête d’influence, seraient bien inspirées de voir dans ce désastre autre chose qu’une opportunité d’élargir leur propre influence : la menace islamique n’a plus de frontière.

En attendant, la barbarie est de retour avec l’application de la Charia, les femmes réduites à l’état d’esclavage moral et physique, privées du droit d’apprendre, de travailler pour elles, de montrer leur « vrai » visage : un recul civilisationnel sans précédent au XXIe siècle.

Deux autres enseignements doivent être tirés de cette tragédie : l’incapacité de l’Europe à influencer l’Histoire, alors qu’elle est directement menacée par le fondamentalisme musulman et, l’ambiguïté de ses réactions, notamment de la France, face à l’afflux de réfugiés.

Dans cette tragédie, les États européens ont été dépassés par les évènements, incapables d’exercer une quelconque influence ou un quelconque rôle, si ce n’est que de courir après la désertion américaine dans un « sauve qui peut » laissant sur place des Afghans face à leur destin. Destin qui risque de se traduire pour nombre d’entre eux, par la mort pour avoir tout simplement voulu vivre libre ou, l’isolement dans la servilité s’il s’agit d’une femme.

Comment alors s’étonner (que nombreux sont celles et ceux qui) qu’une multitude (veulent) souhaite partir vivre ailleurs ?

C’est là qu’apparait ce qui peut être qualifié de « posture de la honte », c’est-à-dire l’incapacité à accueillir dignement ceux qui aspirent à la liberté. Tout d’abord, ceux qui ont été aux côtés des forces occidentales présentes en Afghanistan et, leurs familles menacées (les harkis des temps modernes, en quelque sorte). Ou encore celles et ceux qui ont espéré un autre monde que celui fondé sur des règles tribales d’un autre temps ou, dictées par une interprétation détournée du Coran.

Et, dans la réponse à ceux qui en appellent à l’Occident pour rechercher un asile de survie, la France a osé tout d’abord, par la voix du président de la République lui-même, évoquer la nécessité de « se protéger contre des flux migratoires irréguliers importants » !

Bien sûr (qu’il) faut-il être vigilant sur les risques d’infiltration de terroristes, mais est-ce la première réponse que l’on était en droit d’attendre du pays des droits de l’Homme ? Depuis, le discours a changé mais il est urgent de répondre à ceux, Afghans, dont les demandes d’asile ou de titres de séjour sont en cours, et (bien sûr) évidemment à tous ceux qui cherchent dans la fuite, tout simplement à survivre.

L’Afghanistan n’est plus, et pour longtemps sans doute, « un pays sûr » au sens de l’appréciation qu’en fait aujourd’hui la France pour justifier une restriction du droit d’asile. La jurisprudence de la Cour Nationale du Droit d’Asile (CNDA) et du Conseil d’État doit immédiatement être écartée par le Gouvernement par une loi d’urgence, pour ce qui concerne les demandes émanant de ces Afghans en danger. En effet, seule la loi prime la jurisprudence ; dans tous les domaines, la primauté doit rester à la loi.

Je pense que, pour traiter la situation actuelle en Afghanistan, une loi est nécessaire et qu’elle devrait être inscrite à l’ordre du jour de la session extraordinaire qui va s’ouvrir le 7 septembre prochain. C’est une question urgente de dignité, de solidarité, de responsabilité, en un mot : d’humanité.

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