Les vraies raisons de l’entrée en vigueur de la réforme de l’assurance-chômage

La réforme de l’assurance-chômage vient d’entrer en vigueur au 1er octobre dernier.

Rappelons tout d’abord que le montant moyen de l’indemnité chômage, selon l’UNEDIC (source 2019), s’établit à 910 € ! Avec cette réforme, sur 2.6 millions de personnes bénéficiant de droits au chômage chaque année, près de la moitié verront leur allocation baisser de 17 % (soit 155 € pour un montant moyen), ce qui ramènera 1.2 millions de personnes supplémentaires en dessous du seuil de pauvreté.

Motif : elles ne feraient pas les efforts suffisants pour retrouver du travail. Cela fait beaucoup de profiteurs du système aux dires de certains, le Président en premier lieu qui est convaincu -selon un dirigeant de Force ouvrière- que les Français abusent de cette assurance.

Cette réforme a pourtant été largement contestée : aucun syndicat n’en veut, patronal comme syndical ! Mieux encore, CGT et CFDT ont, ensemble, déclaré sous la plume de leur secrétaire général respectif, qu’elle est « absurde, injuste et indécente ».

D’aucuns plaideront la pénurie de main d’œuvre pour accuser un régime d’indemnisation du chômage qui encouragerait l’oisiveté. D’autres avanceront que les conséquences de la crise du COVID sont derrière nous et que le taux de chômage a retrouvé son niveau d’avant la crise sanitaire.

Il serait ainsi possible de reprendre le chemin des grandes réformes parce qu’au final, il n’y en a pas eu tant que cela. Le temps presse pour ne pas perdre la face…

Mais de qui parle-t-on précisément ?

 – Des 4 millions de personnes qui ne touchent aucune indemnité-chômage ? Non, bien sûr.

 – Des jeunes qui peinent à entrer sur le marché du travail et auxquels on refuse toujours le RSA jeune ? Non, bien sûr.

 – Des salariés démissionnaires auxquels avait été laissée envisagée l’ouverture de droits à l’assurance-chômage, promesse présidentielle. Ils ne sont que 6 300 en un an, soit 2 % seulement des démissionnaires, tant les critères sont stricts pour y prétendre.

Quelles sont finalement les personnes affectées par les nouvelles règles?

Les premiers impactés sont ceux qui alternent périodes de travail et de chômage. Ceux que l’on appelle aussi les « permittents », qui vont de contrats courts en périodes chômées, des travailleurs en très grande situation de précarité et dont l’indemnité ne dépasse pas 290 € par mois, toujours selon l’UNEDIC.

En fait, ce sont les autres aspects de la réforme qui permettront à l’État de reprendre 2.3 milliards sur les 35 milliards d’allocations versées chaque année : calcul moins favorable du salaire journalier de référence, durcissement des conditions à remplir pour avoir droit à une indemnité (6 mois au lieu de 4 mois), dégressivité des allocations les plus élevées, du côté des salariés ; institution d’un bonus-malus pour les entreprises « abusant » des contrats courts, à partir de la fin 2022 pour les employeurs.

Ainsi, une partie du coût du dispositif du chômage partiel mis en place pour faire face à la crise sanitaire se trouvera absorbée par le monde du travail. On comprend mieux l’empressement à faire entrer en vigueur cette réforme unanimement dénoncée.

Mais on comprend aussi autre chose : le président de la République n’est pas favorable à ce que les partenaires sociaux disent eux-mêmes le droit, à travers la négociation des conventions UNEDIC. Une autre manière là encore, de déconsidérer les corps intermédiaires, au cas particulier, les partenaires sociaux, qui de longue date, régulent les relations du monde du travail.

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