L’augmentation du prix de l’énergie : entre réduction de la consommation et augmentation de la précarité énergétique

L’augmentation du prix du gaz et de l’électricité pour les ménages est la résultante du fonctionnement des marchés, et de mécanismes qui aboutissent à des ajustements à la hausse, indépendamment de la trajectoire de consommation. 1 000 litres de fioul coûtent 250 € de plus qu’il y a un an, le tarif du gaz s’est accru de 40 % depuis janvier. Quant au prix de l’électricité, il devrait encore croître de 10 % en février prochain.

Dans ce contexte, le seul moyen qui reste aux ménages pour réduire leur facture est de diminuer leur consommation.

Comment ? En améliorant le confort de leur logement pour agir sur la facture énergétique ou, comme certains sont contraints de le faire, en ne chauffant que les pièces de vie essentielles. Pas sûr que la température idéale, 19 degrés le jour et 16 degrés la nuit, soit atteinte !

Pour ceux qui ne peuvent s’acquitter de leur facture et n’ont pas, non plus, la possibilité d’engager les travaux nécessaires, il reste la spirale de l’inconfort et de la pauvreté.

La mauvaise saison n’a pas encore pris ses marques que déjà, des situations préoccupantes me sont remontées : arriérés de paiements, coupures de gaz ou d’électricité, surendettement, sans parler de la crainte de l’hiver dont on ne peut anticiper, ni la dureté, ni la longueur.

Le profil professionnel des personnes concernées est bien connu : contrats courts, temps partiel, activités saisonnières, ainsi que des retraités, des veuves le plus souvent.

Sans compter qu’avec l’âge, le logement peut s’avérer inadapté et, ceux accessibles à la location pour des personnes aux faibles revenus sont souvent les plus inconfortables.

Tout cela interpelle quand on dit aux mêmes qu’il faut aller vers la sobriété énergétique. Pour ceux-là, c’est une sobriété à marche forcée, synonyme d’exclusion sociale.

Face aux hausses très importantes des prix de l’énergie, le Gouvernement a pris deux mesures :

  • D’une part, l’attribution en décembre 2021 d’un « chèque énergie » exceptionnel de 100 € qui sera versé à l’ensemble des 5,8 millions de ménages qui en ont déjà bénéficié au printemps. En avril 2021, le montant moyen des chèques attribués s’élevait à 150 €, avec une fourchette de 48 € à 277€.
  • D’autre part, le versement -également en décembre- à 38 millions de Français d’une « indemnité inflation » de 100 € qui sera versée aux salariés, travailleurs indépendants, demandeurs d’emploi et retraités percevant une rémunération nette mensuelle inférieure à 2000 €. Cette prime vise prioritairement à compenser les hausses des prix des carburants, même si elle ne distinguera pas les automobilistes et les usagers des autres moyens de transport.

Instauré en 2016 par Ségolène Royal dans le cadre de la loi « Transition énergétique pour une croissance verte » sous la présidence de François Hollande, le chèque énergie a beaucoup amélioré les dispositifs antérieurs (tarifs sociaux de l’électricité et du gaz) en les ouvrant à un plus grand nombre de bénéficiaires potentiels. D’autres sources d’énergie liées au logement ont en effet été concernées comme le fioul domestique, le GPL, le bois, etc. Les charges de chauffage incluses dans les redevances de logements-foyers conventionnés à l’aide personnalisée au logement (APL), ainsi que dans les EHPAD les EHPA, les résidences autonomie, les établissements et les unités de soins de longue durée, ont aussi pu être partiellement réglées avec ces chèques, également susceptibles d’être utilisés pour régler des travaux de rénovation énergétique.

Autre intérêt, pas toujours suffisamment connu de nos concitoyens, ces chèques versés aux bénéficiaires chaque printemps depuis 6 ans, peuvent être soit envoyés directement aux fournisseurs d’énergie pour le paiement des factures, soit déduits automatiquement de la facture à venir de manière à ne plus avoir ensuite à faire ensuite de démarche.

Les mesures annoncées par le Gouvernement, si elles sont certes appréciables, ne sont malheureusement que des mesures d’urgence qui témoignent d’un manque de vision à moyen et long terme face à l’inexorable augmentation de l’accroissement des inégalités sociales et territoriales enregistrées dans notre pays : sociales parce que les ménages les plus aisés sont les plus enclins à s’engager dans la sobriété énergétique et en ont les moyens ; territoriales parce que c’est dans les territoires ruraux que se situent une grande partie des « passoires énergétiques ».

On voit bien que ce dispositif restera injuste et n’atténuera pas l’augmentation constante de l’énergie ; c’est sur la fiscalité qu’il faudrait agir, la TVA notamment, comme l’Espagne l’a fait en baissant le taux de 20 % à 5,5 %. La Commission européenne en ayant compris l’urgence, a autorisé de telles réductions. Cette mesure reste une mesure conjoncturelle et correspond aussi à la période précédant… les élections présidentielles ! Hasard du calendrier, bien entendu.

Il faudrait, certes, agir sur la fiscalité mais d’une autre manière, en s’attaquant vraiment à ceux qui échappent à l’impôt. En baissant la TVA, on n’agit pas de manière différenciée, et on fait de substantiels cadeaux, me semble-t-il, à tous ceux et celles qui disposent aussi de revenus importants.

La hausse du prix de l’énergie entraîne une baisse de revenus pour tous les ménages. Certes, face à l’urgence climatique, baisser la consommation énergétique devient ma priorité, mais faire payer indistinctement cette hausse à tous, revient à accentuer les inégalités.

N’est-ce pas ce qui a été à l’origine du mouvement des « Gilets jaunes » ?

Dès lors, c’est l’ensemble du modèle qu’il conviendrait de revoir, alors que le Gouvernement décide dans l’urgence de dépenser 4 milliards d’euros d’un claquement de doigt, …. 4 mois avant les élections présidentielles ! « Un bon mécanisme pour quelques mois » comme l’a subtilement relevé l’ancien président de la République, François Hollande !

Compte tenu de l’intelligence du « chèque énergie », inventé en 2016, c’est sur ce chèque qu’il faut agir pour aider les personnes les plus en situation de précarité. Pourquoi ne pas l’augmenter très significativement, et pas seulement de manière exceptionnelle aux personnes les plus « précaires » ?

Il serait parfaitement possible d’imaginer un mécanisme variable dans le temps, en considération des revenus des ménages et du prix de l’énergie.

En effet, le démantèlement du marché unique européen, au moins au niveau de la distribution, n’est pas pour demain, tant il recèle de possibilités d’aubaine pour les opérateurs privés. Pour exemple : acheter au prix français (42 € MGWH) pour revendre au prix allemand (100 € MGWH) !

Nous sommes bien face à une situation qui pourrait persister et qui exige une manière durable de conjuguer, sobriété énergétique -devenue une ardente obligation pour tous- et maintien d’un niveau de vie humainement acceptable pour chacun.

Souvenons-nous ce que disait Victor Hugo ! Je ne dis pas diminuer, amoindrir, limiter, circonscrire la misère, je dis détruire. Les législateurs et les gouvernants doivent y songer sans cesse, car en pareille nature, tant que le possible n’est pas fait, le devoir n’est pas accompli, clamait celui-ci (Victor Hugo). Faire de l’éradication de la misère l’horizon de la politique, voilà ce qui devrait être le fondement de toutes les mesures que nous devrions prendre ! Et ce ne sont pas des mesures ponctuelles prises, en réaction à une économie mondialisée incontrôlée, qui y suffiront. Loin s’en faut !

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