L’intensification du numérique, entre exclusion sociale et aggravation de production du CO2

Le numérique a tout envahi!

Le développement des technologies qu’il engendre est certes source de progrès, de nouvelles possibilités d’échanges, de nouveaux services ou de moyens de communication.

On saluera ainsi les avancées de la télémédecine ou l’allègement de certaines contraintes administratives, la rupture de l’isolement quand vous restez confinés, ou la possibilité de contacts à distance quand le travail ou l’âge séparent les familles.

Ne passons pas cependant sous silence bien d’autres conséquences : l’opportunité offerte aux entreprises de la grande distribution de réaliser des économies en supprimant des emplois ; l’exclusion, par le recours systématique à la dématérialisation, non seulement de catégories sociales en difficulté, mais aussi de tous ceux et celles qui sont insuffisamment familiers de ces usages ; ou encore la menace sur les libertés via le recueil de données personnelles!

En tant que parlementaire et citoyen, je les constate chaque jour et je m’inquiète. Ces contradictions entre avantages et risques croissants vont s’accentuer dans la société de demain, celle dans laquelle nous vivrons.

Déjà, aujourd’hui, ce dilemme donne le vertige et, je n’en donnerai que quelques illustrations :

  • La préoccupation première des jeunes générations, celle qui les mobilise dans le monde entier est bien le climat. Et avec raison ! Le réchauffement climatique n’est plus une thèse controversée, c’est une réalité. Dans ce contexte, tout ce qui peut concourir à lutter contre cette menace doit être engagé.

Pourtant, dans le même temps, le numérique qui envahit notre planète, et avec lequel sont nées et ont grandi ces générations, détruit la planète : envoyer un mail, un message sur Whatsapp, un émoticône sur Facebook, une vidéo sur Snapchat ou TikTok…, la jeunesse – et pas seulement elle – s’en régale sans en mesurer l’impact.

Saviez-vous que l’industrie numérique mondiale consomme tant d’eau, de matériaux et d’énergie que son empreinte représente trois fois celle d’un pays comme la France ou le Royaume-Uni ?

Les technologies digitales mobilisent aujourd’hui 10% de l’électricité produite dans le monde et rejetteraient près de 4% des émissions globales de dioxyde de carbone (CO2), soit… un peu moins du double du secteur civil aérien mondial !

Mais, mesurer la seule production de CO2 ne suffit pas. Ainsi, un Institut de recherche allemand a mis en évidence une autre méthode, celle qui consiste à regarder ce qui entre dans un objet plutôt que ce qui en sort. Renversement complet de perspective !

Quelle est la quantité de ressources nécessaires à la fabrication d’un produit ou d’un service ? La surprise est grande ! L’écart entre l’effet perçu et l’impact réel de la décision d’acheter un bien de consommation est énorme et nous n’en avons pas conscience.

À titre d’exemple, 1 km en voiture et 1 heure de télévision mobilisent respectivement 1 et 2 kg de ressources, quand un simple SMS pèse déjà 632 grammes et une minute de téléphone 200 grammes.

Le constat est clair : les technologies numériques mobilisent quantités de ressources, métaux rares ou particules difficiles à extraire du sous-sol, nous disent les chercheurs de l’Institut Wuppertal. Le numérique fait exploser notre empreinte “matière” et génère, bien entendu, un impact sur l’environnement et le climat !

  • Dans d’autres domaines, à ces conséquences s’ajoute la destruction d’emplois. Ainsi en est-il du remplacement des caissières et caissiers par des caisses automatiques. Casino avait déjà équipé 533 magasins fin 2020 et, le mouvement se poursuit dans la grande distribution.

Que restera-t-il, à terme, des 192 000 emplois, à 92% féminins, concernant des personnes peu ou pas diplômées ? Quels représentants du genre humain(s) demeureront dans un magasin où le consommateur sera transformé en employé sous le seul regard inquisiteur d’un vigile ?

Plus grave encore est le fait que les services publics n’échappent pas à ce mouvement : en attestent la suppression de nombreux guichets et le report de nombreuses démarches vers l’usager (s’il y parvient) ; les collectivités locales obligées de lutter contre l’exclusion numérique au travers des maisons France Services ou, dans une plus grande proximité, à l’intérieur même des mairies.

Si on en vient demain à supprimer encore des communes, il faudra bien mesurer l’impact sur les populations les plus éloignées du numérique. On ne peut se contenter de services sans relation ; si on la supprime elle reviendra, à coup sûr. Mais sera-t-elle gratuite ?

Le sociologue Patrick CINGOLANI auteur du livre « la colonisation du quotidien » prédit que « l’inégalité va désormais se jouer dans son rapport différencié à la machine ».

« Faire travailler les consommateurs et les usagers gratuitement pour accroitre le profit et faire du contact humain un service payant comme un autre. Tel serait l’objectif de la disparition des caissières et des guichets » écrit Fabien BENOIT dans un article récent. Un exemple prégnant est celui des pompes à essence où, depuis bien longtemps déjà, le client assure le service…dans un lieu qu’on appelait naguère : station-service. Curieux paradoxe, n’est-ce pas?

  • Reste le champ des libertés. Avec la massification des moyens numériques, les lois qui restreignent la liberté d’expression se sont multipliées ces derniers temps. L’état d’urgence sanitaire et les dispositifs de lutte contre la pandémie sont les dernières manifestations de cette inexorable tendance. Le passe sanitaire en est le plus remarquable avatar.

Certes, le Conseil Constitutionnel n’a rien trouvé à redire à cette mesure, mais il a heureusement censuré une disposition symbolique du projet de loi, à savoir, l’isolement automatique, sous contrainte, de toutes les personnes diagnostiquées positives au Covid-19 !

Il s’agissait en droit d’une “privation de libertés” imposée à des dizaines de milliers de personnes ! Vous imaginez ce qu’il en serait aujourd’hui alors que le taux de positivité augmente. Nous ne serions plus collectivement confinés mais individuellement assignés à résidence ! Sans compter que certains auraient été sanctionnés sans avoir commis de faute, le vaccin ne constituant pas à 100% un rempart contre la maladie, malgré son efficacité indéniable, et les doses pouvant faire défaut au moment où il convient de vacciner tout le monde en même temps !

Ces trois sujets, successivement et trop brièvement développés, dessinent avec angoisse, ce que pourrait être la société de demain.

Il est encore temps de réagir. Ce sont là des thèmes majeurs qui devraient être au cœur des débats électoraux à venir, bien avant ceux qui occupent malheureusement le devant de la scène médiatique et nous détournent des priorités.

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Un commentaire

  1. Il est certain que le numérique est un facteur d’exclusion dans notre chère société. Si le client doit faire le travail la plupart du temps , il n’a, par contre, en face de lu,i plus que des machines ou des algorythmes. Plus personne n’est là pour lui expliquer ou endosser la responsabilité de quoi que ce soit. On nous dit toujours que c’est le progrès et que si on n’y va pas on est des “ringards” !Il serait temps de changer de discours…

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