Retour sur la mission parlementaire à Washington suite à l’affaire dite “des sous-marins”

Une délégation de 6 parlementaires, membres de la Commission des Affaires étrangères, conduite par son président Jean-Louis Bourlanges, s’est déplacée à Washington les 14, 15 et 16 novembre derniers.

A l’ordre du jour : engager le dialogue avec les représentants des autorités politiques américaines (Sénat, Chambre des représentants et administration Biden), suite à l’annulation brutale du contrat de vente des sous-marins nucléaires, par l’Australie. Cette dernière a annoncé, parallèlement, vouloir s’abriter sous le paravent américain et britannique au travers un axe dénommé « AUKUS », acronyme d’Australie – Grande-Bretagne – Etats-Unis.

Depuis cette annonce, la diplomatie américaine, par la voie de son chef, le président Biden, a parlé de « maladresse » en évoquant cette rupture de contrat.

Peut-on croire à cette version simpliste de l’explication donnée ?

Les auditions précédentes en Commission des Affaires étrangères, des ambassadeurs et de la société « NAVAL GROUP » (entreprise qui devait fournir les sous-marins) ne nous avaient rien appris de plus que ce que le ministre des Affaires étrangères nous avait dit : les Australiens ont voulu constituer un axe de défense avec les Américains et les Britanniques, pour ériger un rempart à la menace chinoise dans l’Océan Pacifique.

Soit. Mais de cette manière, c’est bien peu faire des relations franco-américaines et de la place de l’Europe.

Au sentiment premier d’humiliation s’est ajoutée l’incompréhension du Gouvernement français qui est l’allié le plus vaillant des Etats-Unis, en Europe.

Qu’il y ait une différence d’approche avec la Chine, entre Américains et Européens, c’est une certitude. Les Américains sont engagés dans une forme de confrontation avec elle, pour ralentir en tous domaines, son inexorable expansion, quand les Européens travaillent encore sous forme de coopérations.

Mais en arriver à cette situation alors même que nous siégeons côte à côte au conseil de Sécurité de l’ONU interroge. A minima, un échange préalable au plus haut niveau aurait été nécessaire entre pays alliés.

Nous dire que le contrat étant signé entre la France et l’Australie, il revenait aux Australiens de venir vers nous n’est pas acceptable non plus, alors que se constituait dans notre dos, l’axe AUKUS, corpus stratégique non encore défini.

Ce qui est acquis, c’est que les Australiens ne disposeront pas de moyens propres pour assurer leur propre sécurité dans la zone indo-pacifique avant très longtemps. D’ici là, la Chine aura le temps d’avancer un peu plus ses pions, sauf à devoir se heurter aux Américains, lorsqu’il s’agira par exemple d’évoquer la situation de Taïwan.

Les Américains étant dans une logique de confrontation avec elle, cet épisode n’est pas qu’une simple affaire commerciale.  Le rappel de notre ambassadeur à Washington vers Paris, pour plusieurs jours, fait diplomatique majeur et rarissime (NB : cela n’était plus arrivé depuis l’incident du Canal de Suez en 1956), a marqué les esprits outre-Atlantique.

Comment dès lors, rétablir des relations transatlantiques sans confiance mutuelle ?

Le fait que notre délégation parlementaire ait été reçue par les dignitaires du Département d’Etat américain, l’équivalent de notre ministère des Affaires étrangères, par des responsables politiques majeurs, tant au Sénat qu’à la Chambre des représentants et, par deux conseillers directs du président Biden, montre que l’affaire est d’importance pour les relations franco-américaines.

Et le souhait de retrouver rapidement les bases de la confiance est devenu une priorité, tant d’autres sujets de préoccupations sont devant nous ! La poursuite par l’Iran de sa quête de l’arme nucléaire, la menace chinoise sur Taïwan, la lutte contre le terrorisme au Sahel (avec le risque de déstabilisation de l’Afrique de l’Ouest), ou encore la situation en Europe de l’Est (Ukraine et Biélorussie notamment) sont autant de sujets qui mobilisent le monde.

La rencontre essentielle a été, à n’en pas douter, celle avec les sénateurs démocrates et républicains qui président la Commission des Affaires étrangères.

Celle-ci joue un rôle déterminant dans la conduite de la politique étrangère des USA. Elle joue un rôle d’équilibre des pouvoirs entre l’Administration d’Etat dont le Président est le chef et, les représentants du peuple américain.

Au sortir de ces échanges, nous avons pu mesurer combien la volonté hégémonique américaine ne faiblit pas quand il s’agit de parler de l’ordre du monde. La situation dans ce que l’on nomme la zone indo-pacifique, préoccupe au plus haut point Washington et justifierait en arrière-plan ce que nous déplorons.

Et, dans le même temps, les Etats-Unis ne voient pas d’un bon œil que l’Europe se dote d’une approche commune de sa défense, l’OTAN ne présentant plus la garantie suffisante pour cette dernière.

Ces deux dernières observations justifieraient une certaine forme de reprise en main du leadership américain, dont l’affaire des sous-marins constitue la manifestation la plus récente et dont nous avons été, manifestement, la victime collatérale.

Ceci étant, cette affaire aura permis au Parlement français, au travers la Commission des Affaires étrangères, de jouer pleinement son rôle et de prendre une place qu’il avait tendance à perdre ces derniers temps.

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