Quand la Chine s’éveillera…

« Quand la Chine s’éveillera, le monde entier tremblera » prophétisait Alain PEYREFITTE dans un essai paru en… 1973 !

50 ans plus tard, cette prophétie semble se vérifier tant l’expansion économique chinoise et son influence politique ne cessent de s’affirmer.

Deuxième puissance économique mondiale, en passe de devenir la première, et membre du Conseil de sécurité de l’ONU, bénéficiant aussi d’un droit de véto, elle n’a de cesse d’élargir sa main mise sur le monde et l’organisation de celui-ci.

Sur le plan économique, la priorité personnelle du président Xi Jinping est l’initiative lancée en 2013 appelée « les nouvelles routes de la soie », une composante du développement économique et commercial du pays qu’il gouverne. Mais pas seulement.

En cherchant à répondre aux besoins d’infrastructures de pays en développement (plus de 60 !) ou de pays frappés durement par la crise financière de 2008, principalement situés sur le continent eurasiatique, la Chine s’est donné comme objectif de « construire une communauté de destin partagé pour l’humanité » lors du 19e congrès du Parti Communiste chinois.

Une grande idée qui ne trompe pas et pourrait aussi s’appeler expansionnisme ou nouvel Empire.

Et à quel prix ? La question n’a pas été posée, mais nous pouvons essayer d’y répondre en observant le monde tel qu’il est aujourd’hui.

Prenons tout d’abord la question environnementale ! La Chine émet à elle seule plus du quart des émissions de CO2 (27%), dépassant celles de tous les pays développés réunis. Ces émissions ont triplé au cours des trois dernières décennies et le pire est attendu pour… 2030 !

Sur le plan économique, elle est en passe de devenir le régulateur du cours de nombreuses matières premières et de la mondialisation de l’économie.

Un seul processeur vous manque et tout s’arrête ! Il est intéressant (et préoccupant !) de constater combien économie et politique se rejoignent, simplement en regardant ce qui se passe en Nouvelle-Calédonie ! L’île possède 25 à 30% des réserves mondiales de nickel, minerai indispensable pour alimenter les usines de batteries électriques dont la Chine est le premier consommateur mondial. On comprend mieux pourquoi elle s’est intéressée au référendum du 12 décembre… et qu’en sous-mains elle a cherché à l’orienter.

Au-delà de sa forte présence historique au sein du département des affaires économiques et sociales de l’ONU, dont le directeur est lui-même chinois, l’influence de la Chine ne cesse de croître dans tous les secteurs d’intervention des institutions mondiales.

N’est-elle pas déjà le 2e contributeur financier de l’Organisation des Nations-Unies à laquelle elle apporte 12% du budget ordinaire (après les USA, 22%) et un peu plus de 15% pour les opérations de maintien de la paix, sans compter son droit de veto au sein du Conseil de sécurité ?

« La percée chinoise à l’ONU n’en est qu’aux prémices », a confié l’ambassadeur de France près de l’ONU à la délégation de la Commission des Affaires étrangères avec laquelle je me suis déplacé le mois dernier aux États-Unis. Dans le cadre de sa stratégie de long terme, la Chine investit massivement dans des postes liés aux fonctions supports (finances, ressources humaines, achats) ainsi que dans les programmes Jeunes Experts Associés et, les stages. Elle est la meilleure contributrice de ces programmes, à égalité avec tous les autres financeurs ! Et si les États-Unis disposent du plus grand nombre de ressortissants dans les instances onusiennes, ils sont désormais talonnés par la Chine dont la part de cadres ne cesse de progresser.

Sur le plan des droits humains autant dire que le compte n’y est pas, et qu’il n’est pas prêt d’y être, compte tenu de l’idée que se font les Chinois des droits de l’Homme : une conception occidentale à leurs yeux, qui n’a pas d’équivalent possible chez eux. Les affaires intérieures sont leurs affaires, et ils en définissent eux-mêmes le périmètre.

Ainsi sur Hong-Kong le concept « un État, deux systèmes » s’est très vite transformé en une annexion pure et simple, privant de libertés et de toutes critiques une ville associée au Royaume-Uni depuis 155 ans et le Traité de Nankin de 1842 ! 20 ans auront suffi pour faire oublier un siècle et demi de liberté et de prospérité.

Cela est tout sauf « une logique d’aménagement du territoire » comme a osé le déclarer l’ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, grand admirateur du régime chinois !

Qu’en sera-t-il demain de Taïwan dont l’ambassadeur chinois près de l’ONU nous a dit que ce sujet (cela) devait « rester une question chinoise », ajoutant, en menaçant, qu’il ne « souhaite pas que cela devienne une guerre froide ». Xi Jinping entend bien cependant,  « rattacher de gré ou de force l’île à la Chine », ainsi qu’il l’a répété le 9 octobre dernier.

Washington n’acceptera pas une telle annexion ; Taïwan est un symbole, celui d’un pays démocratique qui refuse d’être absorbé par une dictature. Et ce qui s’est passé à Hong-Kong est dans tous les esprits.

Dès lors, une course folle aux armements sous-marins est en cours dans le Pacifique, course dont la France est, de fait, exclue depuis la perte du contrat avec l’Australie.

Comment, enfin, ne pas évoquer la question du XinJiang et du peuple Ouïghours ? Je l’ai ouvertement abordée avec l’ambassadeur chinois lors de notre rencontre à l’ONU, pour dénoncer ce que nous savons : camps de travail, disparition d’opposants osant critiquer le régime, trafic d’organes, endoctrinement, colonisation chinoise, emprisonnement de journalistes…

La réponse fut à la hauteur du cynisme manifesté :

  • Il n’y a pas de violation des droits humains, nous luttons contre le terrorisme !
  • Il n’y a pas de génocide, la population augmente !!
  • Nous faisons ce que nous pouvons pour élever le niveau de vie et, l’espérance de vie augmente !!!

On comprend mieux dès lors, leur refus de recevoir Michelle Bachelet, Haut-commissaire aux droits de l’Homme auprès de l’ONU et… toute proposition gardée, je pense que je ne serai plus, désormais, le bienvenu en Chine, si j’en crois les réactions de mon interlocuteur et l’impression de mes collègues de la délégation.

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