Un programme commun pour le monde de demain

Comme je l’indiquais dans mon précédent billet, j’ai participé, avec cinq autres membres de la commission des Affaires étrangères, à un déplacement aux États-Unis organisé suite à l’annulation brutale d’un contrat de vente de sous-marins nucléaires.

Après Washington et le Capitole les 14, 15 et 16 novembre, notre délégation parlementaire s’est rendue à New-York pour rejoindre le siège des Nations-Unies afin de procéder à de nombreux entretiens bilatéraux (18 au total), dont celui – essentiel – qui eut lieu avec le Secrétaire général de l’organisation, Antonio Guterres.

Rappelons tout d’abord que l’organisation des Nations Unies (ONU) est une institution internationale fondée le 24 octobre 1945, date d’entrée en vigueur de sa Charte, signée par 50 États dont la République de Chine, les États-Unis, la France, le Royaume-Uni et l’URSS !

Par sa vocation et ses compétences universelles, ouverte à tous les États, l’ONU constitue un forum unique où ses membres peuvent échanger sur tous les sujets, une « conférence diplomatique permanente » (pour reprendre l’expression de l’ancien Secrétaire général Dag Hammarskjold), permettant de trouver des domaines d’entente et de résoudre ensemble les problèmes et défis auxquels le monde doit faire face.

L’ONU compte aujourd’hui 193 États membres, avec l’adhésion en 2011 du Soudan du Sud.

Un État qui devient membre de l’ONU accepte ainsi les obligations imposées par la Charte des Nations unies, texte juridique qui énonce les principes de base des relations internationales.

En vertu de la Charte (article 1), les buts de l’ONU sont au nombre de quatre :

–           maintenir la paix et la sécurité internationales ;

–           développer des relations amicales entre les nations ;

–           réaliser la coopération internationale ;

–           être un centre où s’harmonisent les efforts des nations.

L’article 2 énonce les principes :

–           égalité souveraine des États membres ;

–           respect des obligations de la Charte ;

–           règlement pacifique des différends internationaux ;

–           renoncement à l’agression ;

–           concours des États membres aux entreprises de l’Organisation ;

–           non-ingérence.

Le système des Nations unies qui est parfois aussi appelé la « famille des Nations unies » comprend six organes principaux :

•    le Conseil de sécurité

  • L’Assemblée générale

•    le Conseil économique et social

•    le Conseil de tutelle

•    la Cour internationale de Justice (CIJ)

•    le Secrétariat

Ils siègent tous à New York, à l’exception de la CIJ qui, elle, est basée à La Haye (Pays-Bas).

►        A cela sont ajoutés les programmes et les fonds des Nations unies, tels que le Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF), le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) ou le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), qui travaillent au service du développement, de l’assistance humanitaire et des droits de l’Homme.

►        Ensuite, les institutions spécialisées, indépendantes mais travaillant avec l’ONU, et dont les activités visent des secteurs très divers, qui vont de la santé (OMS) et de l’agriculture (FAO) à l’aviation internationale (OACI) et à la météorologie (OMM). Liées à l’ONU par des accords spéciaux, les institutions spécialisées coordonnent leurs activités avec elle, mais en sont distinctes et gardent leur autonomie.

Notre délégation avait choisi de rencontrer, outre le Secrétaire général, de nombreux responsables des programmes de développement et d’assistance humanitaire (PNUD, HCR, Comité international de la Croix-Rouge, Commissariat aux droits de l’Homme, et la déléguée chargée de la question des violences sexuelles commises en période de conflits…).

À ces personnalités, (nous avons) ont été additionnés (ajoutés) les responsables en charge des opérations liées au désarmement ou au maintien de la paix, sans oublier de nombreux ambassadeurs, puisque chaque pays nomme un ambassadeur permanent près de l’ONU.

L’ambassadeur de France, Franck GELLET (qui est aussi fin connaisseur de… l’abbaye de Charroux qu’il a visitée durant l’été dernier !) a bien sûr été notre « sherpa » tout au long de cette visite pour nous conduire vers ses collègues représentant l’Union Européenne, l’Allemagne, la Russie et la Chine.

Ce billet ne peut résumer la richesse de ces nombreux échanges. Aussi vais-je privilégier notre entretien avec le Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies, dont la teneur résume les principaux enjeux et menaces du monde d’aujourd’hui.

Pour Antonio GUTERRES, nous sommes à un tournant de l’Histoire.

Alors que l’humanité fait face à la plus grande épreuve collective qu’elle ait eu à surmonter depuis la Seconde Guerre mondiale, elle doit réagir de toute urgence et n’a que deux choix possibles : celui du délitement ou celui du sursaut.

La maladie à coronavirus (COVID-19), en mettant en péril la santé de toutes et tous, en détériorant les économies et les moyens de subsistance, et en augmentant la pauvreté et les inégalités, n’en finit pas de bouleverser le monde.

Par ailleurs, les conflits continuent de faire rage et ne cessent de s’aggraver.

Les effets catastrophiques des changements climatiques – famine, inondations, incendies, canicules – menacent notre existence même.

Partout sur la planète, la pauvreté, les discriminations, la violence et l’exclusion privent des millions de personnes de leurs droits d’accès aux biens et services de première nécessité : santé, sécurité, vaccination, eau potable, alimentation et éducation.

Les gens se détournent chaque jour davantage des valeurs de confiance et de solidarité – c’est-à-dire des valeurs dont nous avons précisément besoin pour reconstruire notre monde, et assurer à nos semblables et à la planète, un avenir meilleur et durable.

Le bien-être et l’avenir même de l’humanité ne pourront être assurés que si, pour atteindre les objectifs vitaux communs à toutes et tous, nous nous montrons solidaires et agissons comme le ferait une grande famille mondiale.

Et ce, dans l’intérêt des êtres humains, de la planète, de la prospérité et de la paix.

Antonio Guterres ajoute : « l’année dernière, à l’occasion du soixante-quinzième anniversaire de l’Organisation des Nations Unies, les États membres ont fait le constat que les difficultés auxquelles nous nous heurtions étaient toutes liées les unes aux autres, par-delà les frontières et tout ce qui nous sépare. Ces difficultés, ce n’est que par des mesures tout aussi étroitement liées et dans le cadre d’un multilatéralisme revitalisé que nous pourrons les surmonter, l’ONU devant être au centre de nos efforts. »

Les États membres l’ont priée de leur présenter des recommandations visant à faire progresser leur « programme commun » d’interventions.

Un même message s’est fait partout entendre. Le choix d’agir ou de rester passifs que nous allons faire aujourd’hui est sans appel : il conduira, soit à la poursuite du délitement, soit, par un sursaut salutaire, à un avenir meilleur, plus « vert » et plus sûr.

C’est à nous de faire ce choix, qui est sans doute notre dernière chance.

C’est pourquoi le « Programme commun » proposé par l’ONU est avant tout un programme d’actions, qui visent à hâter la mise en œuvre des accords existants, notamment les objectifs de développement durable.

  • En premier lieu, le moment est venu de renouer avec la solidarité mondiale et de trouver de nouveaux moyens de collaborer en vue du bien commun.
  • En deuxième lieu, le moment est venu de refonder le contrat social établi entre gouvernants et citoyens et, plus largement, au sein de chaque société, afin de rétablir la confiance et faire respecter les droits humains dans leur globalité. Il faut assurer la participation active et égale des femmes et des filles, sans laquelle il ne peut y avoir de vrai contrat social.
  • En troisième lieu, le moment est venu de mettre fin à ce déluge d’informations, souvent contradictoires, qui fait des ravages aux quatre coins de la planète et, de défendre un consensus construit collectivement sur l’expérience et portant sur les faits, la science et la connaissance. La guerre menée contre la Science par les piètres armes que sont l’ignorance, l’obscurantisme et les « complotismes » de tous genres, doit cesser.
  • En quatrième lieu, le moment est venu de combler un vide manifeste dans la façon dont nous mesurons la prospérité et le progrès économique. Lorsqu’on comptabilise le profit sans tenir compte de l’humain, ni de la planète, nous n’avons qu’une image incomplète de ce que coûte vraiment la croissance économique. Tel qu’il est conçu, le produit intérieur brut (PIB) ne fait pas état des destructions humaines et environnementales causées par certaines activités économiques. Antonio Guterres préconise l’adoption de nouveaux indicateurs, qui viendraient ainsi compléter le PIB et, permettraient de bien analyser l’incidence des activités économiques et la façon dont nous pouvons et devons mieux (aux habitants et) à la planète et à ses habitants.
  • En cinquième lieu, le moment est venu de réfléchir sur le temps long, d’en faire davantage pour les jeunes générations et les générations futures et, de mieux se préparer aux problèmes de demain.
  • En sixième lieu, l’heure est arrivée de mettre sur pied « un système multilatéral plus solide et plus inclusif, travaillant davantage en réseau et dont le socle celui des Nations Unies ».

Depuis 75 ans, l’Organisation des Nations Unies est l’enceinte où l’humanité se réunit lorsqu’il lui faut apporter des solutions aux problèmes du monde : conflits, faim, éradication des maladies, espace extra-atmosphérique numérique, droits humains, désarmement. En ces temps de divisions, de fractures et de défiance, cette enceinte est plus que jamais nécessaire si l’on veut offrir à l’ensemble de la planète un avenir meilleur, plus « vert » et plus pacifique.

Dans cet esprit, le Secrétaire général propose de tenir un Sommet de l’avenir, en vue de « forger un nouveau consensus mondial sur ce à quoi notre futur devrait ressembler et, sur les moyens que nous pouvons déployer aujourd’hui pour réaliser cette ambition ». Ce sommet pourrait se tenir en 2023. Les États ont l’année qui vient pour apporter leurs contributions et réfléchir à une nouvelle forme de gouvernance.

Née au sortir de la dernière guerre autour des vainqueurs, avec 50 membres devenus 193 et, un droit de véto des 5 membres du Conseil de sécurité, l’ONU ne dispose pas des moyens nécessaires pour agir sur les désordres du monde d’aujourd’hui. Son cadre institutionnel reste toutefois une force parce qu’à New-York, au moins, tout le monde se parle !

Proposition de lecture ...

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Contactez votre Député

à la permanence parlementaire à Gençay